Reconversion infirmière : quelle passerelle pour faire médecine ?

 

Plusieurs possibilités s’offrent aujourd’hui aux infirmiers qui souhaitent rejoindre des études de médecine.

Depuis la fin de la PACES, la première année des études qui conditionnait tout le reste du parcours des étudiants, deux filières ont été mises en place avec deux buts :

 

  • Ouvrir à plus de personnes l’accès aux études de médecine
  • Permettre à ces personnes, en cas d’échec, d’avoir un enseignement pour s’orienter dans une autre voie.

 

Comme nous l’avions abordé dans l’article sur les reconversions d’infirmière DE à sage-femme, les IDE qui souhaitent rejoindre des études de médecine peuvent également bénéficier d’une procédure passerelle particulière.

 

Enquête !

 

Les différentes voies d’entrée en étude de médecine (hors passerelle)

 

Le PASS ou Parcours d’Accès Spécifique aux études de Santé

Cette voie ressemble à l’ancienne PACES. Mai elle propose plus de souplesse quant à la réorientation des étudiants qui n’entreront pas en deuxième année. À la fin de la première année, un concours détermine l’entrée ou non en deuxième année.

 

  • “Si vous validez votre 1ère année en PASS, vous candidatez aux études de santé qui vous intéressent (maïeutique, médecine, odontologie, pharmacie ou kinésithérapie). Si vous n’êtes pas admis, vous pouvez accéder directement en 2ᵉ année de la licence qui correspond à l’option de votre PASS, et recandidater ensuite aux études de santé après au moins une année supplémentaire (en L2 ou L3 par exemple).
  • Si vous ne validez pas votre 1ère année en PASS, vous ne pouvez pas candidater aux études de santé, ni redoubler cette année. Vous devez, si vous souhaitez poursuivre vers d’autres études supérieures.” (source Parcours Sup)

 

La LAS ou Licence Accès Santé

La LAS est une licence généraliste avec des options accès sur la santé. Elle permet de tenter de passer en deuxième année des filières de médecine en L1, L2 ou L3. Elle recueille aussi les étudiants n’ayant pas réussi le PASS.

Comme son contenu est diversifié, les étudiants peuvent tout à fait se “servir” de cette licence pour faire autre chose.

 

Comment intégrer les études de médecine via le PASS ou la LAS quand on est infirmier ?

 

En repassant par la case Parcours Sup car il n’y a pas d’équivalence pour le moment entre le diplôme d’infirmière diplômée d’État et le passage en deuxième année de LAS.

 

Quelles sont les modalités pour bénéficier de la procédure passerelle ?

 

Ce dispositif permet, sur dossier puis entretien, de rejoindre la deuxième année de médecine sans effectuer la première année anciennement appelée PACES.

La passerelle, mise en place par l’arrêté du 24 mars 2017, donne accès aux études de maïeutique, de pharmacie, d’odontologie et donc de médecine.

 

Pour pouvoir bénéficier de cette passerelle vers la deuxième année de médecine, il faut avoir son diplôme d’État d’infirmier. Sont recevables les diplômes français ainsi que ceux reçus dans un autre pays membre de l’Union européenne. Il n’est possible de se présenter que deux fois à l’entrée de la “passerelle”.

Depuis la rentrée de 2021, les conditions d’exercices de deux ans avant de pouvoir déposer un dossier ont été supprimées. Cette procédure est donc disponible pour tous les infirmiers souhaitant postuler.

Que contient le dossier de candidature à la passerelle vers la faculté de médecine ?

Le dépôt des dossiers doit s’effectuer selon un calendrier bien précis donné par chaque faculté. Ils doivent contenir un certain nombre de pièces justificatives : 

  • carte d’identité
  • fiche de candidature
  • diplôme d’État d’infirmier
  • CV
  • Lettre de motivation dans laquelle le candidat devra défendre son projet, prouver sa motivation et la cohérence de son choix par rapport à son parcours professionnel.
  • Attestation du nombre de présentations du dossier.

 

Comment se déroule la sélection pour avoir accès à la deuxième année de médecine quand on est IDE ?

 

 » Les admissions dites « passerelles » permettent à des diplômés de tous horizons de postuler en 2ème ou 3ème année d’une des quatre filières du cursus santé en France sans valider au préalable une PASS ou une L.AS. Elles sont réglementées par l’arrêté du 24 mars 2017 modifié.
Conformément à la législation, le nombre de places offertes correspond à 5% de la capacité d’accueil ; 10 places.
Le procédure passerelle se déroule ainsi :

  • Phase de recevabilité : L’UFR médecine vérifie la recevabilité des demandes et s’assure de l’absence de candidatures multiples au niveau national. 
  • Phase d’admissibilité : 
    Le jury d’admission directe en 2ème ou 3ème année des études médicales, odontologiques et de sage-femme examine les dossiers recevables.
    Les candidats dont les dossiers ont été retenus sont convoqués individuellement et par courrier recommandé avec accusé de réception pour un entretien avec le jury.
  • Phase d’admission : 
    Les candidats admissibles passent un entretien individuel de 10 minutes avec le jury.
    Le jury établit la liste des admis pour chacune des années et par formation. « 

(Extrait de la procédure passerelle 2022 de l’Université Côte d’Azur)

Tu noteras donc 3 phases dans la procédure :

  • une phase d’étude de la conformité des dossiers
  • une phase d’admissibilité avec étude de ces dossiers
  • une phase d’admission avec un oral.

 

Quels sont les défis à relever pour les IDE souhaitant faire médecine ?

Reprendre des études de médecine quand on est IDE, surtout après avoir exercé pendant quelques années en tant que professionnel, représente un challenge.

Il faut :

  • Envisager à nouveau des études longues avec tout ce que cela implique au niveau de l’organisation familiale.
  • Accepter un retour à un état d’étudiant
  • Prévoir une entière implication pour la réussite des années d’étude
  • Anticiper une baisse de revenus financiers pendant quelques années et un coût de financement des études élevé

 

Un mot sur le coût des études de médecine et le financement possible 

 

Il y a un an, le syndicat des spécialistes en médecine générale publiait des chiffres sur le cout de la rentrée en PASS et LAS. 

 

Les chiffres que vous allez lire prennent en compte le coût d’une prépa additionnelle, payée pendant l’année par les étudiants pour maximiser leurs chances de réussite.

Les tutorats fonctionnent comme un système d’entraide entre étudiants et ont un coût

Reconversion infirmière médecine - Image 1

(source Anemf)

 

Ajoutez à cela les frais spécifiques de suivi des études ainsi que les frais nécessaire à la vie courante (ces frais sont calculés pour des étudiants et non pour des personnes plus âgées avec parfois charge de famille)

Reconversion infirmière médecine - Image 2

Reconversion infirmière médecine - Image 3

(source Anemf)

 

Les études de médecine sont donc coûteuses. Et les frais augmentent considérablement avec le paiement de prépas privées.

 

Pour financer leurs études, beaucoup d’étudiants ont recours à un petit boulot à côté. Il existe également des aides par Pôle Emploi ou des bourses d’étude comme celle dont Insia va nous parler ci-dessous.

 

Est-ce qu’une infirmière peut devenir médecin ?  Témoignage de Insia, d’infirmière à étudiante en médecine

 

Peux-tu te présenter ?

« Je m’appelle Insia j’ai 26 ans, je suis une ancienne infirmière diplômée en 2016 et avec 4 ans d’expérience professionnelle.

J’ai repris mes études en médecine en septembre 2020 et j’ai été prise en deuxième année. »

 

Comment as-tu trouvé ta nouvelle voie ?

« Pour vous raconter un peu mon parcours, j’ai obtenu un baccalauréat ES à Madagascar. Je n’avais pas suffisamment confiance en moi pour tenter la faculté de médecine. sachant que je n’avais pas choisi la filière Scientifique au lycée.

Mon oncle m’a ainsi proposé de tenter le concours infirmier afin de rester dans le secteur hospitalier qui m’attirait déjà énormément.

En entamant ma première année à l’IFSI, je me suis rendue compte qu’en côtoyant les médecins lors de mes stages, je n’arriverai pas à passer outre mon rêve de devenir moi-aussi médecin.

Ma famille a tout de même insisté pour que je poursuive mes études d’infirmière. Le but était d’être stable financièrement et d’avoir un diplôme en poche et de ce fait, jouer la carte de la sécurité.

De plus, une fois diplômée, j’ai découvert que la pression qu’exerçait l’hôpital sur une infirmière (hiérarchie, patients ou autres), les conditions de travail, la charge de travail (souvent liée aux nombreux arrêts maladies des collègues, elles-mêmes en mal être profonds, en burn-out), l’absence de reconnaissance du métier, voire parfois du mépris vis-à-vis du personnel paramédical dans certains établissements, devenaient pour moi de plus en plus oppressants et insupportables.

Ce fut la goutte d’eau qui fit déborder le vase. Cela m’a confortée dans l’idée de changer de voie et de me réorienter vers ma vocation première. »

 

Quels sont les défis que les IDE doivent relever pour se lancer ?

« Je ne sais pas si ce sera le cas pour toutes les IDE qui vont se lancer dans cette aventure, mais la principale difficulté que j’ai rencontrée au début de l’année était l’apprentissage et l’assimilation de données importantes et « inutiles ».

C’est-à-dire que pendant toute la formation infirmière, on nous apprend le métier de manière concrète (stages, cours adaptés au cursus…).

Mais en première année de médecine, les cours enseignés ne sont pas forcément le reflet des études médicales. Il s’agit d’un concours. Et même en ayant conscience que ce qu’on apprend par cœur, ne nous servira pas à grand-chose plus tard, il faut quand même l’apprendre pour pouvoir répondre correctement aux QCM.

C’est un peu aller à l’opposé de ce qu’on a appris initialement.

Ensuite, de manière générale (donc pas spécifiquement aux IDE), le vrai défi est de rester constant pendant toute l’année.

Ne pas perdre son objectif de vue. C’est-à-dire avoir un rythme de travail régulier, garder sa motivation tout le long du chemin. Bien sûr, on peut avoir des baisses de régime. Ce serait mentir de dire qu’on ne traverse pas des phases de découragements, de lassitude face à la charge de travail. Mais ceux qui réussissent ne sont pas forcément les plus intelligents, mais plutôt les plus persévérants.

Il ne s’agit pas d’une course, mais d’un marathon. »

 

Quelle filière empruntes-tu pour ta reconversion ? Quelle autre filière connais-tu ?

« Pour ma reconversion, j’ai été prise en LAS SSS (licence accès santé ; sciences sanitaires et sociales).

J’avais donc en majeure ma licence et en mineure des cours de médecine (environ 80% des cours donnés aux PASS, donc il vaut mieux bien choisir sa majeure pour ceux et celles qui veulent se lancer).

Pour les autres filières possibles, il y a la PASS, la majeure est donc la médecine et la mineure, des cours de la licence choisie (là encore, bien choisir sa mineure, en fonction des facultés, la mineure peut s’avérer extrêmement chronophage).

Il y a également la licence santé. Il n’y a pas de majeure ni mineure, il y a uniquement des cours de médecine. Les étudiants dans cette filière auront donc la phase perfectionnement en plus de la phase socle (pour les las) et la phase approfondissement (pour les LAS). »

 

Question financement, que peux-tu dire du coût des études de médecine et des financements possibles ?

« Étant donné que c’est une faculté publique, pour la première année (hors prépa privée), il y a les frais de sécurité sociale (plus ou moins 250 euros) les frais de scolarité environ 170 euros, la CVEC (contribution de vie étudiante et de campus) environ 90 euros.

En ce qui concerne les années suivantes, le coût « initial » reste plus ou moins le même. Mais il faut compter en plus l’achat de matériels médicaux tels que le stéthoscope et des livres.

Par rapport au financement, je me suis plus ou moins renseignée pour Pôle emploi. Et aux dernières nouvelles, ces derniers finançaient jusqu’à 3 ans maximum les études. Sinon pour les moins de 26 ans, il y a la possibilité de faire une demande de bourse (le CROUS) sur critères sociaux.

Dans mon cas de figure, j’ai pu bénéficier du CROUS (même si j’avais travaillé) avec un échelon important étant donné que mes parents vivent à Madagascar. A cela s’ajoute mes propres économies et l’aide de mon entourage (soutien moral et financier). Tout cela me permet de poursuivre mes études sereinement jusqu’à l’internat. »

 

Quel conseil donnerais-tu à une IDE qui souhaite se lancer ?

« Je n’ai pas vraiment de conseil particulier à donner, mais plutôt quelques recommandations.

Si vous choisissez une LAS ou PASS, assurez-vous de bien choisir la licence (qui sera la majeure en LAS et la mineure en PASS). Si vous avez un profil plutôt littéraire, ne prenez pas la licence « physique chimie » par exemple.

Avoir un environnement sain tout au long de l’année est primordial.

Avoir un entourage bienveillant (pour ceux en couple, éviter les disputes conjugales à répétition, car cette année demande beaucoup de concentration de votre part), ne pas avoir de difficultés annexes par exemple (problèmes financiers, crédit… car travailler en intérim en première année n’est pas recommandé).

Le tutorat de la faculté est une vraie aide pour les P1. N’oubliez pas de prendre cette option (et en plus, le prix est clairement raisonnable).

Si vous ressentez le besoin de prendre vos marques avant de commencer, vous pouvez faire une P0 pour mieux vous préparer.

Et une dernière chose, si vous êtes sûrs de votre choix, foncez !

Quel que soit le résultat final, il vaut mieux y aller et ne rien regretter plutôt que de tergiverser. Et pour ceux ou celles qui pensent qu’il est trop tard ou qu’ils sont « trop vieux », je dirai que l’âge n’est qu’un chiffre ! »

 

Kathleen, ancienne infirmière et désormais étudiante en médecine répond à vos questions

– « Bravo à toi j’aimerai avoir le courage de faire comme toi mais je viens d’avoir 30 ans et je me dis que c’est un peu tard… »
J’ai repris à 26 ans, alors l’âge ne veut rien dire. C’est une barrière psychologique que l’on se met nous-même. Il faut surtout voir sa motivation et sa capacité à faire des sacrifices pour ces études mais pas l’âge en lui-même. Je vous souhaite de faire ce qui vous conviendra 🤗
– « J’aurais voulu le faire mais à 34 ans c’est un peu tard …
Combien d’années durent les études de médecine ? Pour être généraliste ? »
L’âge ne doit selon moi pas être un frein, c’est une barrière psychologique qu’on se met mais c’est plutôt une question de motivation et de sacrifices mais l’âge n’est qu’un chiffre… J’en connais qui ont repris bien plus tard.
Pour médecine générale, le cursus classique c’est 6 ans de fac (donc après tout dépend si on rentre en 2e ou 3e année, il reste 5 ou 4 ans) + 3 ans d’internat.
Et oui le côté financier c’est le plus compliqué dans cette reconversion et je ne comprends pas que rien ne soit fait. Après pour médecine générale il y a les Contrats d’Engagement de Service Public (CESP) qui peuvent être intéressants et ça permet d’avoir une indemnité sous condition d’exercer dans une zone sous dotée. Pour les autres spécialités, notamment hospitalières, le CESP me fait un peu peur, pour le concours classant lors du choix de la spécialité justement.
– Souhaites-tu rester anonymes ou souhaites-tu que je partage ton instagram ?
Tu peux partager mon instagram avec plaisir (d_infirmiere_a_medecin), il est là pour ça 😊

 

 

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