Si tu aimes transmettre, accompagner des étudiants, construire des contenus pédagogiques ou encadrer des stagiaires, tu as peut-être déjà pensé à travailler dans un institut de formation.
À première vue, l’évolution peut sembler simple : quitter le service, rejoindre un IFSI ou un IFAS et enseigner ce que tu connais déjà. La réalité est plus riche que ça. Une formatrice prépare des enseignements, suit des étudiants, organise des stages, évalue des compétences, travaille avec des intervenants et participe à toute une organisation pédagogique et administrative.
Et les quatre formatrices réunies ici le montrent bien : leurs parcours n’ont rien d’identique. Élodie, Elora, Magali et Aurélie ont travaillé dans des structures différentes et n’ont pas vécu le métier de la même manière. Leurs témoignages permettent de comprendre ce que les fiches métier racontent rarement : le temps de préparation, les horaires, les doutes, le plaisir de transmettre, la place de l’administratif et parfois la difficulté à retrouver le sens que l’on cherchait.
À retenir :
- En IFSI, un formateur permanent doit pouvoir exercer la profession concernée et remplir les conditions de qualification prévues par la réglementation : diplôme de cadre de santé ou équivalent, ou diplôme ou titre universitaire à finalité professionnelle répondant aux critères prévus par le texte.
- L’IFAS bénéficie d’un régime spécifique : son équipe pédagogique comprend majoritairement des formateurs permanents infirmiers. Être cadre de santé n’est pas une obligation nationale générale pour toute infirmière formatrice en IFAS.
- Un master peut permettre de remplir certaines conditions de qualification, mais il ne donne pas automatiquement un statut ou un grade de cadre.
- Le métier comprend bien plus que les cours : suivi pédagogique, évaluations, stages, coordination, réunions, actualisation des connaissances et gestion administrative font partie du quotidien.
- Des horaires plus réguliers que dans certains services ne signifient pas nécessairement une charge de travail plus légère. Les quatre formatrices interrogées parlent toutes, à leur manière, du temps nécessaire pour préparer et accompagner.
- Le meilleur moyen de tester cette piste reste de confronter l’idée au terrain : intervenir ponctuellement, rencontrer une équipe pédagogique, étudier des offres d’emploi ou chercher une possibilité d’immersion.
Table des matières
- Comment devenir formatrice en IFSI ou IFAS ?
- IFSI ou IFAS : quelles différences pour une formatrice ?
- Que fait réellement une infirmière formatrice ?
- Quelles qualités faut-il pour être formatrice en IFSI ou IFAS ?
- Quel est le salaire d’une formatrice en IFSI ou IFAS ?
- Ce que quatre formatrices nous apprennent vraiment sur le métier
- Témoignage d’Élodie, formatrice en IFSI
- Témoignage d’Elora, formatrice en IFSI
- Témoignage de Magali, formatrice en IFAS
- Témoignage d'Aurélie, formatrice en IFSI et IFAS
- Avant de candidater : 5 questions à te poser
- Sources et méthode
Comment devenir formatrice en IFSI ou IFAS ?
Les conditions ne sont pas exactement les mêmes selon que tu souhaites devenir formatrice permanente en IFSI, travailler en IFAS ou intervenir ponctuellement dans un institut.
Pour devenir formatrice permanente en IFSI
La réglementation prévoit deux conditions principales pour les formateurs permanents des instituts de formation paramédicale.
Il faut d’abord être titulaire d’un titre permettant d’exercer la profession pour laquelle l’institut est autorisé. Pour une infirmière qui forme des étudiants en soins infirmiers, cela signifie être titulaire du diplôme ou du titre permettant l’exercice infirmier.
Il faut ensuite être titulaire soit :
- du diplôme de cadre de santé, d’un ancien certificat auquel il s’est substitué ou d’un diplôme reconnu équivalent ;
- d’un diplôme ou titre universitaire à finalité professionnelle dans les domaines de la santé, des sciences de l’éducation ou des sciences humaines, d’un niveau au moins égal à celui de la certification préparée.
Le diplôme de cadre de santé n’est plus la seule voie réglementaire possible. Si cette voie t’intéresse, tu peux consulter l’article consacré au métier de cadre de santé.
Tu peux encore trouver d’anciens contenus qui parlent d’un minimum national de quatre années d’expérience ou d’une possibilité de rester « faisant fonction » pendant exactement deux ans. L’arrêté actuellement en vigueur ne fixe aucune de ces deux durées pour les formateurs permanents. En revanche, un employeur reste libre de rechercher une certaine expérience clinique, pédagogique ou d’encadrement dans son recrutement.
Ton expérience professionnelle compte malgré tout : elle peut peser fortement dans une candidature. Il faut simplement distinguer ce qu’un institut recherche de ce que la réglementation impose à tous les établissements.
Et pour devenir formatrice en IFAS ?
Le cadre est différent. Les instituts de formation d’aides-soignants bénéficient d’un régime dérogatoire pour la composition de leur équipe pédagogique.
L’équipe doit comprendre majoritairement des formateurs permanents infirmiers. Elle peut également comprendre, selon la formation, des aides-soignants ou d’autres professionnels répondant aux conditions de qualification prévues par le texte. Le cadre réglementaire fixe aussi au moins un équivalent temps plein de formateur permanent pour 22 élèves formés, avec proratisation selon la durée des cursus.
Pour une IDE, il n’existe pas de règle nationale disant simplement : « il faut obligatoirement être cadre de santé pour devenir formatrice en IFAS ». Là encore, l’établissement peut ajouter ses propres critères de recrutement : expérience, pédagogie, diplôme universitaire, connaissance du référentiel ou expérience du tutorat.
Peut-on intervenir en IFSI ou en IFAS sans devenir formatrice permanente ?
Oui. Les équipes pédagogiques peuvent aussi faire appel à des intervenants extérieurs.
Une IDE qui possède une expertise particulière peut par exemple être sollicitée pour une intervention sur les plaies et cicatrisation, la santé mentale, une spécialité clinique ou l’éducation thérapeutique.
C’est une piste intéressante si tu veux tester la transmission avant de changer complètement de poste. Attention toutefois : intervenir ponctuellement dans un institut et occuper un poste de formatrice permanente sont deux situations différentes. Le type de contrat et les conditions de rémunération de ces interventions dépendent de l’établissement.
IFSI ou IFAS : quelles différences pour une formatrice ?
| IFSI | IFAS | |
|---|---|---|
| Public formé | Étudiants préparant le diplôme d’État d’infirmier. | Élèves préparant le diplôme d’État d’aide-soignant. |
| Conditions nationales pour les formateurs permanents | Titre permettant l’exercice de la profession concernée + cadre de santé/équivalent ou diplôme ou titre universitaire répondant aux conditions réglementaires. | Régime dérogatoire pour la composition de l’équipe, qui comprend majoritairement des formateurs permanents infirmiers. |
| Organisation pédagogique | Peut être organisée par promotion, par unité d’enseignement, par compétences ou selon l’organisation propre de l’institut. | Les équipes peuvent être plus petites, ce qui peut conduire les formateurs à prendre en charge un périmètre très large. |
| Ce que montrent les interviews Charlotte K | UE, suivi des étudiants, stages, évaluations, mémoires, intervenants, instances et travail de préparation occupent une place importante. | Dans le témoignage de Magali, la petite taille de son IFAS conduit à cumuler pédagogie, stages, handicap, qualité, sélection et organisation. |
Ces différences ne permettent pas de décrire tous les IFSI ou tous les IFAS. Les quatre interviews de cet article montrent justement que l’organisation varie fortement d’un institut à l’autre.
Que fait réellement une infirmière formatrice ?
Le ministère de la Santé décrit le métier de formateur des professionnels de santé comme une fonction de formation, de conception pédagogique et d’accompagnement des élèves, étudiants et professionnels paramédicaux.
Dans la pratique, les missions peuvent comprendre :
- concevoir, préparer et animer des enseignements ;
- organiser des travaux dirigés, ateliers, simulations ou analyses de pratiques ;
- construire et corriger des évaluations ;
- assurer le suivi pédagogique individuel ou collectif des étudiants ;
- préparer, coordonner et suivre les périodes de stage ;
- travailler avec les professionnels des terrains de stage ;
- solliciter et coordonner des intervenants extérieurs ;
- participer à des projets pédagogiques, à des réunions et à différentes instances ;
- contribuer à la formation continue ;
- mettre à jour ses propres connaissances et les contenus enseignés.
La réforme du diplôme d’État infirmier rend ce dernier point particulièrement concret en 2026. Le nouveau cadre de formation s’applique aux étudiants qui entrent en première année à partir de septembre 2026, tandis que les étudiants ayant commencé leurs études auparavant restent soumis aux dispositions antérieures. Pour les équipes pédagogiques, cette période de transition impose de maîtriser des référentiels qui évoluent.
La sélection des étudiants a elle aussi évolué. Pour la formation initiale infirmière, les candidatures passent aujourd’hui par Parcoursup : il n’y a plus de concours d’entrée en IFSI, mais les formateurs peuvent participer à l’examen des candidatures ou à d’autres procédures d’admission et de sélection selon les publics et les formations.
Quelles qualités faut-il pour être formatrice en IFSI ou IFAS ?
Une solide expérience clinique aide, mais elle ne suffit pas à faire une bonne formatrice.
Il faut savoir transmettre, construire un raisonnement pédagogique, parler devant un groupe, accompagner des personnes qui n’avancent pas toutes au même rythme et accepter de remettre régulièrement ses connaissances à jour.
Les quatre témoignages ajoutent d’autres qualités moins visibles sur une fiche de poste : organisation, autonomie, écoute, créativité, capacité à travailler en équipe et à ne pas se placer systématiquement en position de « sachant » face aux étudiants.
Le métier demande également d’accepter une part importante de travail administratif et de coordination.
Quel est le salaire d’une formatrice en IFSI ou IFAS ?
Il n’existe pas un salaire national unique de « formatrice IFSI » ou de « formatrice IFAS ». La rémunération dépend du statut sous lequel tu es recrutée, de l’établissement, du grade, de l’ancienneté et, dans le privé, du contrat ou de la convention applicable.
Dans la fonction publique hospitalière, le répertoire officiel des métiers rattache notamment le métier de formateur des professionnels de santé au corps des cadres de santé paramédicaux lorsque la personne est recrutée sous ce statut.
Pour le grade de cadre de santé paramédical, la grille indiciaire actuellement applicable va de l’indice brut 541 à l’indice brut 940. Avec la correspondance indiciaire et la valeur actuelle du point, cela représente environ 2 289 € à 3 786 € brut par mois de traitement indiciaire, avant primes et indemnités. Les grades supérieurs ou hors classe peuvent aller au-delà.
Attention : cette fourchette n’est pas « le salaire de toutes les formatrices ». Une IDE recrutée avec un autre statut, une contractuelle, une formatrice d’un organisme privé ou une intervenante occasionnelle ne relève pas nécessairement de cette grille.
C’est aussi pour cela qu’une offre d’emploi doit être lue jusqu’au bout : statut proposé, reprise d’ancienneté, grade, temps de travail, primes, télétravail éventuel, temps dédié à la préparation et attentes de l’établissement peuvent changer nettement l’intérêt du poste.
Ce que quatre formatrices nous apprennent vraiment sur le métier
Les quatre entretiens réalisés et publiés par Charlotte K apportent quelque chose qu’une fiche réglementaire ne peut pas donner : la manière dont le métier est vécu au quotidien.
| Ce qui ressort des interviews | Pourquoi c’est utile avant de candidater |
|---|---|
| Chaque parcours est différent. | Élodie vient notamment de la chirurgie et de la crèche, Elora a aussi une longue expérience dans l’Éducation nationale, Magali a travaillé au bloc et en EHPAD, Aurélie en psychiatrie, coordination, humanitaire et formation. |
| Former ne signifie pas seulement faire cours. | Suivi des étudiants, stages, évaluations, intervenants, instances, qualité, handicap ou mémoires apparaissent dans leurs missions. |
| Des horaires plus réguliers ne garantissent pas un métier plus léger. | Préparation personnelle, journées qui se prolongent et heures supplémentaires sont évoquées dans plusieurs témoignages. |
| L’expérience pédagogique fait une vraie différence. | Elora explique combien son expérience de gestion de classe l’a aidée. Aurélie conseille d’avoir déjà construit et animé des formations. |
| Le quotidien dépend fortement de l’institut. | La taille de l’équipe, l’organisation par UE ou promotion et la répartition des responsabilités modifient beaucoup le poste. |
| Changer de fonction ne fait pas automatiquement disparaître la perte de sens. | Magali raconte au contraire avoir retrouvé certaines tensions du système de soins à travers les difficultés vécues par les élèves et les terrains de stage. |
Ces quatre parcours invitent à ne pas choisir ce métier uniquement pour quitter le soin ou obtenir des horaires de journée. La bonne question est plutôt : est-ce que tu as envie de consacrer une grande partie de ton travail à la pédagogie, à l’accompagnement d’étudiants, à la préparation et à l’organisation d’une formation ?
Témoignage d’Élodie, formatrice en IFSI
« Je m'appelle Élodie, j'ai 34 ans, je suis diplômée IDE depuis 2011, maman de deux bouts de chou de 5 et 3 ans.
J'ai commencé par travailler sur un remplacement en crèche, en tant que codirectrice, mais aussi auprès des bébés. Puis, je suis allée travailler en service de chirurgie générale dans le privé. J’ai aussi travaillé dans un centre d'examen de santé, puis comme aide opératoire d'un chirurgien de la main, et pour finir, je suis devenue formatrice en IFSI privé. »
Fiche de poste
En quoi consiste ton poste en tant que formatrice ?
« Mon poste consiste à préparer des cours d'UE, puis à les transmettre aux étudiants. Nous ne choisissons pas nos UE, elles nous sont attribuées par la directrice.
Nous avons également des groupes d'étudiants dont nous sommes référents et que nous accompagnons durant les années de formation. Ça reste un poste avec beaucoup d'administratif.
Il n’y a pas vraiment de journée type. Certains jours, nous avons des cours, d'autres non. Suivant notre planning, nos journées changent. Nous nous organisons comme nous voulons, tant que nos cours sont prêts. »
Formation
As-tu fait une formation pour devenir formatrice ?
« Je n'ai fait aucune formation. Je suis rentrée en postulant. L'essentiel pour l'établissement était le parcours professionnel, mais après, l'établissement nous pousse à faire un master (pour avoir le statut cadre). »
Mise à jour 2026 : cette réponse décrit les conditions rencontrées par Élodie dans son établissement. Aujourd’hui, le cadre national ne dit pas qu’un master donne automatiquement le statut de cadre. Pour un poste permanent en IFSI, la réglementation prévoit soit le diplôme de cadre de santé ou un équivalent, soit un diplôme ou titre universitaire répondant aux conditions de domaine, de finalité et de niveau prévues par le texte. Le grade et la rémunération dépendent ensuite du recrutement et du statut de l’établissement.
Motivation
Pourquoi as-tu choisi de devenir formatrice ?
« Dans un premier temps, j'avais toujours voulu faire ce métier depuis ma formation. J’aime transmettre, j'aime ce contact avec les étudiants et les échanges constructifs qu’on peut avoir avec eux.
Puis, c'est arrivé à un moment où, dans ma vie personnelle, j'avais besoin d'avoir des horaires plus disponibles pour mes enfants. »
Conseils
Quel conseil donnerais-tu à une infirmière qui hésite ?
« Il faut qu'elle se demande si elle est prête à quitter les patients et les soins, si la transmission lui plaît. Il faut aussi prendre en compte le fait de ne plus être en horaires décalés et donc d'avoir moins de temps pour soi.
Après, c'est un beau côté de notre métier, prenant tout autant. »
Témoignage d’Elora, formatrice en IFSI
« J'ai une quarantaine d'années et je suis diplômée depuis plus de 20 ans.
J'ai travaillé en service actif hospitalier pendant une dizaine d'années, puis 15 ans à l'Éducation nationale avant de prendre un poste de faisant fonction de cadre formatrice en IFSI-IFAS. »
Fiche de poste
Peux-tu présenter ton poste ?
« Les IFSI-IFAS fonctionnent tous différemment.
Déjà, si on travaille sur un IFAS, pas besoin d'être cadre. Pour un IFSI, c'est nécessaire, mais on tolère d'être faisant fonction pendant un certain temps selon le centre hospitalier dont on dépend.
On peut également passer un master MEEF (métiers de l'enseignement, de l'éducation et de la formation), mais ceci ne donne pour le moment pas le statut cadre.
Dans l'IFSI où j'étais, nous étions plusieurs référentes par niveau de promotion (AS, 1re année, 2e année, 3e année).
D'autres IFSI fonctionnent autrement : tu peux être référent d'une U.E. (unité d'enseignement) sur plusieurs promotions par exemple. Tu as toujours plusieurs U.E. en charge. Tu peux aussi suivre une promotion sur les trois ans, par exemple. »
Mise à jour 2026 : Elora décrit les pratiques de son établissement. Le diplôme de cadre de santé n’est plus la seule voie réglementaire pour un poste permanent en IFSI, et la durée tolérée pour un « faisant fonction » varie selon les employeurs.
Missions
Quelles sont tes missions en tant que formatrice ?
« J'étais référente de plusieurs U.E. auprès d'une promotion.
Donc : préparation des cours magistraux, des convocations des intervenants si besoin, des ateliers en lien avec cette U.E., commande du matériel nécessaire à l'atelier, organisation de travaux de recherche en groupe ou en individuel, préparation des évaluations de fin d'U.E. (partiels).
Le tout en collaboration avec les collègues de la promotion et des autres promotions pour l'emploi du temps, le planning des salles, la gestion des intervenants...
Il y avait également les journées de préparation aux stages, de retour de stage, les visites de stage auprès des ESI, les formations continues. J'ai pu participer à celles des gestes complémentaires pour les AS anciennement diplômés, par exemple.
Sans oublier le suivi des ESI, les rencontres avec ceux qui peinaient ou qui avaient besoin de conseils en méthodologie de travail, le tout normalement en collaboration avec le référent pédagogique de l'IFSI.
Pour les préparations de cours, on peut s'appuyer sur les documentalistes, les référents TICE et les formatrices plus anciennes, ainsi que sur les cours des années précédentes.
Cela demande beaucoup de travail personnel, car il faut réactualiser ses connaissances, parfois sur des sujets que l'on n'a pas mobilisés depuis longtemps en fonction de notre parcours professionnel. Il y a aussi les préparations de CAC, les commissions d'attribution des crédits, et d'autres instances.
Bref, une journée type débutait à 8 h ou 8 h 30 et finissait entre 17 h 30 et 19 h 30 en fonction des jours. »
Formation
Quelle formation as-tu suivie pour devenir formatrice ?
« Aucune. J'avais 15 ans d'expérience de gestion d'intervention en classe derrière moi et cela m'a bien aidée.
Certes, ce n'était pas le même public, ni les mêmes sujets, ni surtout le même nombre de personnes, mais cela aide tout de même. J'avais acquis une expérience de la gestion de classe, des notions de pédagogie et la maîtrise de l'outil informatique.
C'est un plus, même si cela ne suffit peut-être pas, car le stress reste présent en fonction des jours et des sujets abordés. »
Motivation
Pourquoi as-tu souhaité devenir formatrice ?
« Lorsque j'étais ESI, je me suis dit qu'un jour, je tenterais ce type de poste.
J'aime la pédagogie, échanger avec de nouvelles personnes, échanger des points de vue, devoir me dépasser en apprenant et j'aime apprendre des autres, car il y a toujours des questions qui mettent le doute, qui interpellent.
Trouver de nouvelles méthodes pour faire comprendre un concept, permettre aux autres d'acquérir des compétences, échanger sur notre profession et transmettre des valeurs fortes, c'est passionnant. »
Conseils
Que conseillerais-tu à une IDE qui hésite ?
« Si ta vie de famille est stable, bien organisée et que tu peux investir beaucoup de temps dans ton travail, lance-toi.
Tu peux d'abord proposer d'intervenir devant une promotion sur un sujet que tu maîtrises ou venir passer quelques heures ou quelques jours en immersion pour réaliser ce qu'est être formatrice.
Et si tu es toujours motivée, vas-y, fonce ! Si tu aimes le partage, l'échange, l'apport de connaissances. Si tu as de l'énergie à revendre, l'envie de former tes futur.e.s soignant.e.s, tes futur.e.s collègues, alors vas-y ! »
Si tu hésites entre la formation et d’autres pistes, regarde aussi les reconversions possibles après infirmière.
Témoignage de Magali, formatrice en IFAS
« Je suis infirmière depuis 22 ans, sans aucune vocation.
Tout d'abord, je te présente mon parcours professionnel depuis que je suis IDE : j’ai travaillé au bloc, en EHPAD et j’ai un DU “hygiène hospitalière”.
Je suis formatrice IFAS à 80 %, complété par des missions en intérim en EHPAD, et également formatrice vacataire en MFR, maison familiale rurale, auprès d'élèves DEAES, accompagnant éducatif et social.
Je travaille dans un petit IFAS rattaché à un CH. Nous sommes deux formatrices à 80 %, ma collègue est directrice sur les 20 % restants. Notre capacité d'accueil est de 28 élèves, à savoir que cette année aucun IFAS ne fait le plein d'élèves… À cause, sans doute, d’une crise des vocations. »
Repère : la dernière phrase décrit le constat de Magali au moment de son interview dans son environnement professionnel. Elle ne constitue pas une donnée nationale actuelle sur le remplissage des IFAS.
Missions
Quelles sont tes missions en tant que formatrice en IFAS ?
« Mes missions sont :
- Préparation des cours, en dehors des journées de travail.
- Enseignement en face à face avec les élèves ou à distance, en utilisant si possible des pédagogies innovantes : MOOC, Kahoot, pédagogie inversée, chambre des erreurs...
- Accompagnement des élèves en individuel ou collectif.
- Organisation des stages, évaluations, découpage des enseignements, intervention des formateurs ponctuels.
- Je suis référente handicap, donc j'accompagne les élèves présentant des troubles dys, visuels, auditifs… Je fais le lien avec les lieux de stage, la MDPH, Cap emploi, l'Agefiph…
- Je fais le lien avec le cadre de santé ou le maître de stage.
- Je participe aux épreuves de sélection d’entrée.
- Je participe aux instances : ICOGI, conseil de discipline.
- Je participe à la démarche de certification Qualiopi.
Il faut savoir que mon rôle est beaucoup plus vaste qu'en IFSI, car l'équipe est restreinte. »
Journée type
« Lorsque les élèves sont en cours : début de journée à 8 h, je regarde les mails. Cours de 8 h 30 à 12 h 30. Pause d'une heure. Cours de 13 h 30 à 16 h 45. Je termine à 17 h, sauf lors de suivis d’élèves en individuel qui ont lieu après la journée et peuvent durer des heures.
Si je ne suis pas en cours, je prépare les TP, les évaluations et tout ce qui concerne les missions. »
Formation
As-tu fait une formation pour devenir formatrice ?
« Je n'ai eu aucune formation. J'ai postulé en interne sur une libération de poste. J'ai su que j'étais choisie le 17 août pour débuter le 24 août. Le 31 août, j'étais devant les élèves. J'ai récupéré les cours de mon ancienne collègue. »
Motivation
Pourquoi as-tu choisi de devenir formatrice ?
« J'ai choisi ce poste, car j'ai toujours été très impliquée dans le tutorat. J’adorais transmettre et ce poste s'est présenté au bon moment pour moi. Je ne m'épanouissais plus dans mon travail et j'avais des soucis de santé qui compliquaient ma situation. »
Conseils
Quels conseils donnerais-tu à une IDE qui hésite ?
« C’est un poste passionnant, mais très chronophage, à mon avis difficilement compatible avec des enfants en bas âge.
Il faut beaucoup de créativité pour ce poste. L'idéal, pour moi, est d'avoir été IDE dans plusieurs domaines. Il faut être organisé, avoir de l'autorité, de l'empathie.
On est parfois confronté à des situations sociales catastrophiques pour lesquelles on se sent impuissant. »
Réalité du terrain
Quelle est ta réalité au quotidien en tant que formatrice ?
« Malheureusement, je n'ai pas trouvé le sens que je cherchais en quittant la profession d’IDE. Les obligations liées aux textes de la formation sont parfois contradictoires et sans sens, ce qui est très préjudiciable pour les élèves et me touche beaucoup.
L'accueil en stage des élèves est de plus en plus compliqué, car les professionnels sont épuisés. J'ai souvent le sentiment de les mettre en difficulté.
Il est difficile d'enseigner de belles paroles en formation lorsqu'on connaît les difficultés du terrain. Je trouve important d'aborder les côtés négatifs selon moi.
J’ai un peu le sentiment de retrouver certains problèmes rencontrés à l'hôpital, à la différence que ce sont les élèves qui subissent et non plus les patients. »
Témoignage d'Aurélie, formatrice en IFSI et IFAS
Présentation
Peux-tu te présenter et présenter ton parcours professionnel ?
« Je m'appelle Aurélie, j'ai 35 ans, je suis diplômée depuis 2007.
J'ai obtenu un master en coordination de projet humanitaire en 2017 et je finalise actuellement un DU en psychotraumatologie.
Après avoir exercé trois ans en psychiatrie, j'ai travaillé comme coordinatrice, formatrice et responsable de projet santé dans l'associatif en France et dans l'humanitaire à l'international.
J'ai fait un remplacement de six mois en tant que cadre formatrice dans un IFSI Croix-Rouge. Et je suis depuis trois ans formatrice occasionnelle dans les IFSI/IFAS de ma région. »
Missions
Quelles sont tes missions ? À quoi ressemblent tes journées ?
« En tant que cadre formateur en IFSI, mes missions sont les suivantes :
- Définition de la stratégie pédagogique des U.E. dont on a la charge.
- Conception, organisation, animation et évaluation de séquences de formation.
- Suivi pédagogique individuel et collectif des étudiants, environ 20 étudiants des trois années de formation.
- Recrutement des formateurs occasionnels.
- Construction des grilles d'évaluation et des évaluations.
- Correction des travaux des étudiants.
- Animation des séances d'analyse de la pratique professionnelle.
- Directrice de mémoire de fin d’études d'un groupe d'étudiants de 3e année.
- Co-jury d’évaluations et de mémoire.
- Suivi des équipes et des étudiants sur les terrains de stage.
Les horaires sont de 9 h à 18 h environ, sur une base de 35 h par semaine, mais avec pas mal d'heures supplémentaires.
Selon les jours, on peut avoir à réaliser des cours par nous-mêmes ou bien à accueillir et orienter les formateurs occasionnels que nous avons recrutés pour animer un cours.
On prépare les stratégies pédagogiques et les cours à venir.
Les formateurs participent aux différentes réunions, de service, pédagogiques, CAC... On se rend sur les terrains de stage pour accompagner les étudiants.
Bref, les journées sont variées et denses. »
Formation
Quelle formation as-tu suivie pour devenir formatrice ?
« Aucune en particulier.
Je fais de la formation ou du renforcement de capacités sur mes différents postes depuis des années. Le fait d'avoir un bac +5 m'a permis d'accéder au grade de cadre formateur et donc d'être payée en conséquence. Si je n'avais eu qu'un bac +3, j'aurais eu exactement les mêmes missions, mais payées comme infirmière chargée de formation et donc au grade infirmier. »
Mise à jour 2026 : cette situation correspond au recrutement d’Aurélie dans son établissement. Un bac +5 ou un master ne confère pas automatiquement un grade de cadre ni la même rémunération dans tous les IFSI.
Motivation
Pourquoi as-tu souhaité devenir formatrice ?
« J'apprécie beaucoup la formation depuis toujours.
J'avais quelques mois devant moi en inter-mission et un poste s'est libéré dans l'IFSI de ma ville, donc j'en ai profité. »
Conseils
Que conseillerais-tu à une IDE qui hésite ?
« J'ai pour ma part reçu très peu d'accompagnement de ma direction et de mes collègues, notamment car il s'agissait d'un remplacement. On attendait de moi que je sois opérationnelle tout de suite pour reprendre la charge de travail de la collègue absente.
Je conseillerais donc d'avoir déjà fait de la formation, de savoir comment construire, animer et évaluer une séquence, d'être évidemment à l'aise à l'oral devant un grand groupe, etc.
Il faut, bien sûr, bien connaître le référentiel infirmier et le référentiel de formation.
Il est important de ne pas avoir peur de s'exposer, d'être humble et d'avoir envie de co-construire avec l'étudiant, c'est-à-dire ne pas adopter une position haute de “sachant” ou d'“expert”, savoir se remettre en question, penser que l'autre a autant à nous apprendre que nous avons à lui transmettre. »
Avant de candidater : 5 questions à te poser
- Est-ce la transmission qui m’attire, ou surtout l’idée de quitter mon poste actuel ? Les deux peuvent coexister, mais ce n’est pas la même motivation. Le témoignage de Magali montre qu’un changement de fonction ne règle pas automatiquement une perte de sens.
- Est-ce que j’aime préparer autant que transmettre ? Une heure devant un groupe peut demander beaucoup de travail en amont : recherche, actualisation, supports, organisation et évaluation.
- Est-ce que j’ai déjà testé ma posture de formatrice ? Tutorat, intervention ponctuelle, formation interne ou animation d’un groupe peuvent t’aider à vérifier si cette fonction te plaît.
- Quel statut l’établissement me propose-t-il ? Ne regarde pas seulement l’intitulé « formateur IFSI ». Vérifie le grade ou le contrat, le salaire, la reprise d’ancienneté, les primes, le temps de préparation et les attentes pédagogiques.
- Est-ce que je suis prête à redevenir apprenante moi-même ? Former oblige à actualiser régulièrement ses connaissances, suivre l’évolution des référentiels et accepter les questions qui bousculent ce que l’on pensait maîtriser.
Une candidature peut être une bonne prochaine étape, mais une enquête métier peut être encore plus utile si tu hésites. Regarde les offres d’emploi, contacte un institut, échange avec une formatrice et demande-lui précisément comment se répartissent ses semaines entre cours, préparation, suivi des étudiants, stages et administratif.
Sources et méthode
Les conditions d’exercice des formateurs permanents et la composition des équipes pédagogiques ont été vérifiées dans l’arrêté du 10 juin 2021 portant dispositions relatives aux autorisations des instituts et écoles de formation paramédicale, notamment ses articles 10 et 11, dans leur version en vigueur en 2026.
Les missions du métier ont été confrontées au Répertoire des métiers de la santé et de l’autonomie du ministère chargé de la Santé, fiche « Formateur(trice) des professionnels de santé ».
Les informations relatives à la formation infirmière et à son évolution en 2026 reposent sur l’arrêté du 20 février 2026 relatif au diplôme d’État d’infirmier. Ses nouvelles dispositions s’appliquent aux étudiants entrant en formation à compter de septembre 2026 ; les promotions ayant commencé auparavant restent soumises au cadre antérieur pendant la période transitoire.
La fourchette de traitement indiciaire présentée pour le grade de cadre de santé paramédical de la fonction publique hospitalière est calculée à partir du décret fixant son échelonnement indiciaire, du barème officiel de correspondance entre indices bruts et indices majorés et de la valeur du point d’indice. Elle correspond au traitement indiciaire brut, hors primes et indemnités, et ne constitue pas un salaire universel de formateur IFSI ou IFAS.
Les quatre interviews d’Élodie, Elora, Magali et Aurélie étaient déjà publiées par Charlotte K. Elles ont été conservées intégralement sur le fond. Seules l’orthographe, la grammaire, la ponctuation et quelques formulations manifestement fautives ont été corrigées sans modifier leur témoignage. Les âges, dates, organisations et conditions de recrutement qu’elles évoquent correspondent au moment de leur témoignage. Lorsque leur expérience pouvait être confondue avec une règle nationale actuelle, un repère éditorial 2026 a été ajouté séparément.
Ces quatre expériences individuelles permettent de comprendre des réalités de terrain ; elles ne constituent pas une enquête statistique sur l’ensemble des IFSI ou IFAS.


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