Infirmière : Exercer et voyager

Le monde du voyage, partie 1

Tu es infirmière, tu aimes voyager et tu te demandes comment combiner ces deux domaines pour ne renoncer ni aux soins, ni à la découverte d’autres régions, pays ou cultures ?

Ou encore, tu as un projet de reconversion dans ce domaine ? Tu aimerais tout quitter pour partir à l’aventure ?

Comment évoluer ou se reconvertir dans le monde du voyage quand on est infirmière ? Tout est possible, tu vas le voir dans deux articles dédiés au thème du voyage.

 

Je te propose un condensé de bonnes idées et de témoignages concrets pour te présenter des parcours d’infirmiers qui ont passé le cap et embrasser le monde du voyage. 

Bien sûr, il est difficile de couvrir tous les domaines de ce secteur, il existe de nombreuses voies différentes et tu peux tout à fait créer la tienne. Cependant, tu trouveras ici de l’inspiration et des exemples de cheminements.

 

Comment évoluer en tant qu’infirmière dans le monde du voyage tout en restant dans les soins ? Tu trouveras certainement de l’inspiration dans cette première partie.

Si tu as d’autres idées, retours d’expérience, n’hésites pas à les partager en commentaire, nous serons ravis de les découvrir et de les présenter à notre communauté.

 

Voyager tout en restant dans les soins

Pour mettre à profit tes compétences d’infirmière tout en assouvissant ton envie de voyager, il existe une multitude de possibilités. 

Tu peux par exemple exercer en Club vacances, sur des bateaux de croisière, partir en mission humanitaire ou encore décider de faire reconnaitre ton diplôme pour travailler à l’étranger.

Il est également possible de s’orienter vers le rapatriement sanitaire ou donner de son temps en tant que bénévole dans des associations qui ont besoin d’infirmières pour accompagner des patients en voyage.

Merci à Flavie, Armelle, Aurélie et Mina pour leur témoignage.

 

Devenir infirmière sur un bateau de croisière

Pourquoi ne pas exercer ton métier d’infirmière sur un bateau de croisière ? Pour prendre le large, faire partie d’un équipage et travailler différemment ? Je te laisse découvrir le témoignage de Flavie qui a travaillé en tant qu’IDE sur le Lyrial, un bateau de la compagnie du Ponant.

Présentation et parcours

Flavie, peux-tu te présenter et présenter ton parcours professionnel ?

“J’ai fait mon IFSI à St Malo, diplômée en 2012. Par la suite, j’ai eu la chance d’avoir un poste en réanimation à Montauban près de Toulouse. 

J’ai énormément appris et adoré mon travail. Puis je suis revenue en Bretagne à St Malo toujours en réanimation polyvalente, où je suis restée 1 an. 

J’ai rejoint le CHU de Rennes en réanimation chirurgicale. Ayant toujours envie de découvrir autre chose et un peu la bougeotte, je suis revenue sur St Malo, en dialyse. 

Presque un an après, j’ai décidé de partir à Bayonne, où je n’avais jamais mis les pieds, dans un premier temps en intérim, puis un mois en libéral, avant d’atteindre mon saint Graal la RÉA !

Cette fois-ci, j’y reste un peu plus longtemps, puis une envie de nouveauté revient. C’est à ce moment-là qu’un médecin urgentiste me parle des bateaux de croisières.”

 

Tes motivations

Qu’est-ce qui t’a amené à travailler sur les bateaux de croisière ?

 

“À ce moment-là, je vivais à Bayonne, et un médecin des urgences m’a parlé d’une compagnie de croisière de luxe française où il avait postulé, mais pas encore embarqué.

Je me dis pourquoi pas, alors je postule. Et l’aventure commence un mois après, me voilà embarquée sur le Lyrial en Méditerranée. Une des plus belles expériences de ma vie débute alors !”

 

Le recrutement

Par quelle compagnie et comment as-tu été recrutée ?

 

“J’ai travaillé pour Ponant, il s’agit d’une compagnie de croisières française de luxe qui a pour devise “Aller là où les autres ne vont pas”. Et croyez-moi, ils ne rigolent pas !

 

J’ai été recrutée par plusieurs contacts. À ce moment-là, ils passaient par une agence de recrutement. Aujourd’hui, la compagnie a une vraie direction médicale qui gère tout en interne.

Donc j’ai d’abord eu un contact avec cette agence de recrutement qui recherchait un profil type. Si ce dernier correspondait, il était ensuite proposé au chef d’armement. Ce dernier m’a appelé pour m’expliquer quel serait mon contrat, la destination et mon nouveau rôle à bord.”

 

Les responsabilités

Quelles sont tes responsabilités à bord ? À quoi ressemble une journée type ?

 

L’infirmier de bord est responsable des soins 24/7, il travaille sous la responsabilité du médecin de bord (il est alors notre chef, contrairement à l’hôpital) et du commandant du navire.

Nous supervisons l’hygiène à bord, les soins auprès des passagers et les membres d’équipage. Il nous faut également assurer les formations premiers secours auprès de l’équipage.

Nous sommes aussi en charge de l’hôpital de bord selon la règlementation française et internationale : gestion de la pharmacie, des locaux, et de l’équipement. 

Pour la journée type, difficile à décrire, car cela dépend de quel jour nous sommes dans la croisière, les jours d’arrivées et de départs des passagers étant très différents des autres. 

Cela dépend aussi de l’endroit où nous sommes dans le monde et du type de croisière. 

En effet, il y a deux types : croisière d’expédition et d’excursion. Dans tous les cas, nous sommes attendus auprès des passagers lorsqu’ils sortent du navire, que ce soit en excursion ou sur les zodiacs lors des dites “zodcruises” ! 

Et bien sûr, tout est différent si vous êtes en Antarctique ou aux Seychelles !”

 

Formations

As-tu fait des formations complémentaires pour être infirmière sur un bateau de croisière ?

 

“Oui, il faut savoir que tout membre d’équipage doit être formé à la sécurité de bord, en France. Il s’agit de la formation CFBS (certificat de formation de Base à la sécurité).

De plus, nous avons des formations internes sur l’environnement, la sûreté et la sécurité à bord de nos navires.

Par ailleurs, j’ai passé des formations complémentaires non obligatoires, mais intéressantes : l’ACLS (advanced cardiac life support) et PHTLS (pre-hospital life support). Il s’agit de formation sur les conduites à tenir en cas d’urgences.”

 

Qu’est-ce que ce travail particulier t’apporte au quotidien ?

 

“J’aime le fait que ce soit très différent du milieu hospitalier. J’ai pu beaucoup voyager, intégrer un monde jusqu’alors inconnu pour moi et j’adore ça ! 

Nous avons une vie complètement hors norme. Nous vivons en communauté et venons de nombreux pays différents. J’apprends beaucoup, que ce soit sur le milieu maritime, hôtelier, ou simplement sur le monde et le voyage.

J’aime autant la vie à bord que le fait de voyager et de découvrir le monde.”

 

Intégrer ces missions dans le planning

Comment arrives-tu à intégrer ces missions dans ton planning ?

 

“Mes missions étaient de plus ou moins 3 mois. J’ai considéré cette activité comme mon job principal pendant plusieurs années. Aujourd’hui c’est un peu différent, j’ai dû un peu ralentir.”

 

Conseils

Quel conseil pourrais-tu donner à une infirmière qui souhaite travailler sur un bateau de croisière ?

 

“Je lui conseillerais de ne pas hésiter, c’est de loin le plus chouette job que j’ai eu à pratiquer !

Il faut savoir qu’il y a des pré-requis : il faut avoir fait 2 ans de services critiques, ce qui sera d’une grande aide, car contrairement aux idées reçues, il n’y a pas que de la bobologie et surtout, il n’y a pas de collègue à bord pour prendre le relais.

Il faut aussi parler anglais bien sûr, et un conseil en plus, il ne faut pas être allergique à l’administratif et à l’informatique !”

 

Si tu souhaites poser des questions à Flavie, tu peux la contacter via son compte Instagram @flaviemasbreizh.

Infirmière : Exercer et voyager

 

Être infirmière dans une association humanitaire

 

De nombreuses infirmières travaillent avec des associations, en tant que salariées ou bénévoles. Elles prennent part à des missions humanitaires partout dans le monde.

C’est une belle solution pour voyager, mettre ses compétences à profit, apprendre de nouvelles choses, élargir ses horizons.

Tu vas découvrir ici le témoignage d’Armelle, IDE partie en mission humanitaire dans différents pays d’Asie.

Ces postes à l’étranger, parfois dans des conditions de travail très éloignées de ce que nous connaissons, sont souvent à l’origine de bouleversements personnels et professionnels.

 

Présentation et parcours d’Armelle

Peux-tu te présenter et présenter ton parcours professionnel ?

 

“Je m’appelle Armelle, j’ai 32 ans, j’habite à Lyon.

Je suis diplômée depuis un peu plus de 10 ans. Mon parcours professionnel est un peu décousu, n’ayant jamais eu un CDI de plus de 9 mois…

J’ai décidé d’être infirmière un beau matin, 3 jours avant la clôture des inscriptions… Rapidement après le diplôme, je suis partie 6 mois avec les Missions Étrangères de Paris en Inde dans un centre pour sidéens.

En revenant, j’ai signé dans un FAM (foyer d’accueil médicalisé). Belle expérience surtout dans le travail pluriprofessionnel !

Puis, je suis partie à Lyon. Comprenant que j’avais besoin de plus d’expérience technique, je cherchais sans trop de conviction un service hospitalier.

Par une amie, je suis tombée en cancérologie. Ce fut une révélation, j’y suis toujours en tant que vacataire pour me permettre de faire des voyages, des coupures…

J’ai travaillé dans d’autres services, ai eu aussi l’occasion de faire du fromage, une formation de 3 mois internationale dans une abbaye, un tour de France à vélo, m’occuper d’un foyer étudiant à Paris…

Et aujourd’hui, après un an sans exercer, je me suis rendue compte que j’aimais trop mon métier et avais besoin de l’exercer, mais en petite quantité pour ne pas être écœurée. Depuis un an, je suis à mi-temps dans mon service de cancérologie et à mi-temps secrétaire dans une paroisse.”

 

Quelles motivations ?

Qu’est-ce qui t’a donné envie de partir en mission humanitaire ?

 

“Comme je le disais, ce n’était pas un rêve de gosse d’être infirmière. Par contre, j’ai toujours rêvé d’aventures, de voyages… Je suis curieuse et pas très conventionnelle.

Au stage optionnel, avec une bonne amie de promo, on a essayé de partir en humanitaire, mais financièrement et au niveau de la paperasse, c’était trop compliqué et c’est tombé à l’eau.

Mais ce projet de pouvoir partir ailleurs, sortir d’un cadre, aller découvrir une autre vérité sur le soin, profiter d’un métier utile partout pour comprendre d’autres rapports à la vie, à la maladie, à la mort, restait bien présent.

Catholique pratiquante, je voulais allier les deux : les Missions étrangères de Paris proposent de partir dans un lieu de mission permettant de valoriser notre métier.

Ils m’ont donc envoyée en Inde dans un centre pour sidéens dans la banlieue de Bangalore.

Ça a profondément marqué ma vie.

Par la suite, je suis partie avec des amies en road trip en Asie. Mais si l’aventure et la découverte étaient là, il me manquait ce lien aux gens, l’accompagnement, l’écoute, le prendre soin.

Alors avec mon amie infirmière, nous avons monté un projet : “Comment on soigne chez toi ?”

L’idée était de découvrir de nouvelles façons d’envisager le soin, de découvrir les gens qui se donnent localement et pourquoi pas donner un coup de main pendant quelques jours ou semaines.

Ce projet nous a conduits en Asie du sud-ouest 5 mois puis plus tard à Madagascar 3 mois.”

 

L’organisation

Comment as-tu organisé ces projets ?

 

“Avec les Missions étrangères, c’est très carré : Lettre de motivation, dossier, etc. On a une semaine de formation à Paris, pour nous présenter les différences culturelles, l’approche dans la mission, le travail avec des locaux… 

Ce fut une vraie aide pour moi. Et puis tout est ficelé, contact sur place, hébergement. Tout est prévu en amont par l’association. C’est très confortable et rassurant.

« Comment on soigne chez toi ? »

Pour notre projet « comment on soigne chez toi ? », ce fut une tout autre aventure.

 

Nous avons monté une association, un dossier de financement , etc. Mais ce n’est pas vraiment la qualité première d’une infirmière.

Quelques amis nous donnaient des conseils, mais c’est vrai qu’on marchait clairement à l’aveugle!! Ce fut une aventure en soi ! Il nous fallait aussi trouver des assos sur places qui acceptaient de nous recevoir. 

Nous avons dû envoyer 500 mails… Pour avoir une dizaine de réponses ! Certaines associations demandaient des frais démesurés, certaines ne correspondaient pas à notre sensibilité.

Bref, ça a été un long chemin où le désespoir a souvent pointé son nez ! Finalement, nous avions trouvé Céline, sur Facebook, je crois, infirmière française qui s’est installée à Bénarès pour créer un dispensaire.

Grâce à un événement rassemblant les associations humanitaires à Lyon, nous avions rencontré le président de l’association « Partner » qui avait vendu sa maison pour construire un orphelinat à Dacca et l’association Soleil Vert qui agit au Népal au niveau de l’éducation par et avec des locaux. 

Il nous a bien fallu un an/ un an et demi pour que tout se construise et se peaufine. C’était déjà l’aventure, avec ses joies et ses galères !”

 

Les missions en Inde

Quelles ont été tes missions sur place en Inde lors de ta première mission ?

 

“En Inde, j’étais infirmière. Nous avions deux programmes : un en lien avec l’hôpital public, où nous accueillions et traitions les mises en place de trithérapie ainsi que des infections aiguës ou autres dus au VIH. 

L’autre avait pour but de prendre soins des personnes exclues de la société à cause de leur maladie. Un mix entre un lieu de vie, un service de médecine et un lieu d’éducation à la santé.

Je travaillais avec au début deux infirmières indiennes et un médecin indien ainsi qu’une social worker indienne. L’équipe médicale s’est dilapidée, j’ai formé par la suite une nouvelle infirmière, le tout dans un anglais approximatif et un Kanada (langue du coin) plus que léger!! » »

Les missions sur les autres projets

Quelles étaient tes missions avec « Comment on soigne chez toi » ?

 

« Par la suite, avec “Comment on soigne chez toi”, en Inde, nous avons travaillé auprès de personnes souffrant de la lèpre – réfection des pansements/dépistages/ réinsertion – puis dans un centre de femmes recueillies de la rue avec des états de santé plus que catastrophiques.

J’ai réalisé des soins dans des conditions que j’aurai honte à décrire, mais ces femmes m’ont tellement touchée.

Ensuite, nous avons découvert un petit dispensaire à Bénarès, offrant consultations et soins pour une somme modique et assistions le médecin (constante- médicament- pansement). 

L’après-midi, nous étions avec les enfants du quartier pour jouer avec eux.

Au Népal, nous avons été dans une école et y avons donné quelques cours d’anglais. 

Nous avons pu « discuter » avec les gens ou du moins appréhender leur relation au corps, à la vie, au travail, à la solidarité (ils ont développé l’ambulance humaine ; si l’un d’eux a un souci, 6/7 hommes partent en convoie en courant, le portant sur le dos et se relayant sur le chemin qui amènera le blessé au bus du village puis à l’hôpital). 

Par de simples soins, nous avons découvert et pu réaliser un mix de médecine traditionnelle associée à notre médecine occidentale. Nous y avons découvert les impacts des Shaman sur la population même si nous n’avons pu le rencontrer. Ce fut une immersion dans une réalité bien loin de la nôtre !

 

Et tes expériences suivantes ?

 

Enfin au Bangladesh, nous accompagnions plus le social worker dans les dédales de la ville à la rencontre des enfants et donnions un coup de main dans cette maison pleine de vies ! (Pour le moins…)

À Madagascar enfin, notre mission était de redresser un dispensaire mourant. Dispensaire disposant de locaux en bon état, de matériel dentaire dernier cri, et d’une maternité avec un fort potentiel. 

Ce fut vraiment épuisant psychologiquement, car nous nous prenions un mur à chaque initiative ou proposition… En parallèle, nous avons développé un partenariat avec des petites sœurs qui développaient un programme de nutrition dans un quartier défavorisé.

Les sœurs nous ont demandé de les former. Et il y avait du boulot, car la simple notion qu’un enfant de 2 ans et un homme de 40 ans n’ont pas les mêmes besoins étaient un tsunami pour elles.

Là-bas, les habitudes culturelles, même mauvaises et reconnues mauvaises ont la peau dure.”

 

Quel enrichissement ?

Qu’est-ce que ces expériences de missions et de voyage t’ont apporté ?

 

“Globalement toutes ces expériences m’ont apporté une ouverture d’esprit, une compréhension que… le monde ne se comprend pas toujours !!

Cela joue fortement dans mon accompagnement des patients aujourd’hui. Une compréhension que la personne en face de moi peut avoir un lien à son corps, à la maladie, à une partie de son corps (la main gauche impure, toucher les pieds comme signe de respect…) totalement opposé à ma façon de voir cela. Et donc je dois complètement adapter ma prise en charge afin de la rejoindre.

Ça a aussi beaucoup développé mes capacités d’adaptation.

Mes collègues rient quand elle passe derrière mes pansements qui portent clairement ma marque de fabrique…Un petit nœud pour fermer une bande parmi tant d’autres, bien plus efficace qu’un bout de sparadrap, particulièrement quand le pansement va traîner dans la boue, la poussière toute la journée…

J’ai acquis une habileté d’adaptation pour travailler avec des gens différents et/ou dans des circonstances sortant de ma zone de confort.

Bon, ça demande tout de même une vraie gymnastique d’esprit en retournant dans un service hospitalier français vis-à-vis de la rigueur de l’hygiène et des protocoles (après 6 mois à laver ma paire de gants jetable, je me suis surprise, à mon retour, à retirer précautionneusement mes gants jetables, à les poser sur mon chariot pour les remettre pour le patient suivant !😅)

 

Comment l’as-tu vécu ?

 

Plus précisément, l’Inde m’a profondément façonnée, marquée. Très jeune, sans expérience, j’ai été propulsée dans un monde inconnu que même en mille ans, nous ne pourrions appréhender. J’ai découvert que la surprotection occidentale n’était pas une vérité.

Rapidement, je prenais soin de mes patientes épuisées en leur apportant facilement leur dîner dans leur lit. Ma collègue (aux abords particulièrement bruts tout de même) venait chercher sa patiente, et la traînait (au sens littéral) jusqu’à la salle à manger. Avant la fin de mon séjour, ma patiente est décédée, la sienne s’est mariée et a eu un enfant depuis…. Marche ou crève…

J’y ai découvert « l’être ». Pleine de fougue, le début de ma mission était compliquée, car on m’invitait tout le temps à aller me reposer, à ne pas travailler… à ne rien faire… Par la suite, ça s’est fortement inversé, mais je me souviens d’une jeune femme me questionnant, les yeux fortement émus : « tu es venue de l’autre bout du monde pour t’occuper de nous ? ».

J’y ai été profondément marquée par mes limites, mes erreurs de jugements irrémédiables… Là-bas, tout est décuplé, loin de nos repères…

J’en ai gardé des amitiés fortes encore aujourd’hui.”

 

La création de projet humanitaire

Qu’as-tu découvert sur la création de projet de voyage humanitaire ?

 

« Avec l’expérience de « comment on soigne chez toi ? » en Asie, ça a été une école sur la réalité de monter un projet. 

Nous y avons rencontré des gens formidables qui donnent tout dans leur pays même.

C’est si facile une fois à l’autre bout du monde de donner de son temps, de son argent pour une aventure qui, on le sait nous fera grandir bien plus que ce que je vais moi apporter sur place.

Je pense souvent à ce jeune bengali Pradeep, issu d’une famille aisée, qui avait créé une école sur les toits de son village et qui était l’ami de tous les habitants. Il ne pouvait s’empêcher d’acheter à untel croisé une paire de tongs, à ces enfants aux regards joueurs un ballon de foot, à cette mère qui faisait la manche un paquet de couches pour ses enfants…À ma question d’où était sa limite, il me répondit avec une évidence bouleversante « Tant que j’ai de l’argent, je donne quand j’en aurais plus bah, je ne donnerai plus. »

Oui, je garde de cette expérience des visages. Et des dons simples, mais qui donnent confiance dans la vie.

Madagascar a été une toute autre aventure.

J’en retiens surtout toute la limite de l’humanitaire. Arriver avec notre regard d’occidentaux vouloir changer les choses à notre manière sans prendre en compte la culture et l’impact que cela entraîne. Participer à l’assistanat d’un pays…”

 

Des conseils ?

As-tu un conseil pour une infirmière qui souhaiterait se lancer dans ce projet ?

 

“Si ton cœur t’appelle à partir, fonce ! Mais prépare ton voyage. 

Ouvre ton cœur et ton esprit. Ne vient avec aucune idée préconçue. Si tu pars avec une grosse association qui a l’habitude, fais leur confiance.

Si tu pars dans des petites ONG, laisses toi le temps d’écouter, de comprendre. Le regard posé sur les gens, sur la situation est bien plus importante que l’action. Viens avec beaucoup d’humilité. Oui, tu as un savoir qui est primordial là où tu iras, mais tu ne connais rien au mode de vie, à la mentalité.

Soit prêt à être retourné et déplacé. Sois prêt à vivre !”

 

Travailler avec son diplôme français à l’étranger ou dans les DOM-TOM 

 

Tu peux également décider d’aller travailler dans les DOM-TOM ou également à l’étranger. Il est possible de faire reconnaitre ton diplôme dans certains pays avec, tu vas le lire, plus ou moins de facilité.

Le manque d’infirmière se fait parfois tellement cruellement sentir que certains endroits déplient le tapis rouge aux postulants.

Tu vas découvrir ici le témoignage d’Aurélie, qui a travaillé dans plusieurs pays avec son diplôme d’IDE français.

 

Aurélie, peux-tu te présenter ?

 

“Je m’appelle Aurélie, j’ai 37 ans. Je suis originaire de Bordeaux

Maintenant, je vis au Québec depuis 2 ans avec mon mari, mon fils de trois ans et le petit deuxième en route.

Je suis infirmière depuis 2007 et puéricultrice depuis 2010. En France, je travaillais en réanimation pédiatrique et néonatale à Bordeaux. Déjà à l’époque, les conditions étaient parfois compliquées et l’envie de voir ailleurs s’est vite fait sentir. J’ai plusieurs collègues qui sont parties que ce soit à Tahiti ou en Nouvelle-Calédonie et ça m’a donné envie de sauter le pas à mon tour. Avant d’en arriver au burn out professionnel, je suis donc partie en Nouvelle-Calédonie en 2014, fraîchement mariée.” 

 

Travailler en tant qu’infirmière en Nouvelle-Calédonie

 

“J’ai travaillé en tant qu’infirmière puéricultrice en néonatalogie à Nouméa pendant 2 ans.

J’ai trouvé mon contrat une fois sur place vu qu’ils n’offrent pas de contrat à distance sur Nouméa. À l’époque, ils m’avaient repris uniquement 2 ans d’ancienneté, et il faut savoir que les puéricultrices sont payées puer uniquement si elles sont sur un post de remplacement puer… 

De plus, en Nouvelle-Calédonie, il faut savoir qu’il faut travailler 5 ans pour pouvoir réclamer sa retraite territoriale. (Ce n’est ni un Dom ni un Tom, c’est un Pays d’Outre-mer qui a son propre gouvernement).”

 

Où êtes-vous partis ensuite ?

 

“On avait décidé de concilier notre expatriation avec notre envie de voyage.

On a voyagé en Nouvelle-Zélande, au Vanuatu, en Malaisie, en Indonésie… Et avant de ne plus avoir l’âge requis, on est parti en PVT en Australie. On a vécu le rêve de la van life pendant un an et demi.

L’Australie m’a permis de faire un break avec le métier d’infirmière, j’ai fait du papy-sitting, et j’ai travaillé dans des restaurants pour mon plus grand bonheur. Dur de revenir à la « vraie » vie après ça. On est donc rentrés en Nouvelle-Calédonie avec l’envie de repartir.”

 

Ton expérience en tant qu’infirmière à Mayotte 

 

“De retour en France pour l’occasion d’un mariage, on décide de ne pas retourner en Nouvelle-Calédonie et de prendre la Direction de Mayotte.

Toujours aidée par mon métier, j’ai trouvé facilement un contrat depuis la France en contactant directement la DRH.

Nous ne sommes restés que 6 mois à Mayotte, car ça ne nous a pas plu et je suis tombée enceinte juste avant de partir, ce qui a compliqué notre intégration.” 

 

Travailler en tant qu’infirmière au Québec

 

“Dès notre retour en France, on a lancé les démarches pour partir au Québec. 

Il faut compter en général un an de démarches pour faire valoir son diplôme français au Québec. RSQ (recrutement santé Québec) qui est un mandataire des hôpitaux québécois en France, m’a recrutée.

J’ai passé mon entretien en octobre 2019, et nous sommes partis à Montréal en août 2020, le tout sous fond de Covid.

J’ai choisi Montréal pour travailler dans le service de réa néonat de l’hôpital sainte Justine qui a très bonne réputation. Une fois sur place, il faut effectuer un stage de 75 jours pour valider l’équivalence du diplôme et devenir infirmière clinicienne au Québec. 

Ça fait maintenant bientôt 2 ans que nous sommes à Montréal et nous n’avons pas prévu de rentrer.”

 

Quel enrichissement ?

Que t’ont apporté toutes ces expériences en tant qu’infirmière à l’étranger ?

 

“Toutes ces expériences nous ont beaucoup apporté sur le plan personnel et professionnel. 

Elles nous ont montré ce que nous recherchons dans la vie, et surtout ce que nous ne voulons pas/ plus. On sait désormais que c’est possible de travailler et vivre ailleurs qu’en France.

En s’en donnant les moyens, on peut faire de notre vie la vie qu’on rêve, et ne plus subir notre quotidien. Ça nous a surtout appris que si on n’est pas bien quelque part, il nous suffit de changer d’endroit et d’aller voir ailleurs si on s’y sent mieux. 

C’est sûr que la famille manque souvent, mais ils nous soutiennent dans nos choix et les comprennent. C’est un peu plus difficile depuis qu’on a des enfants, car ils grandissent très vite.”

 

Des conseils ?

Quels conseils donnerais-tu à une infirmière qui souhaite partir travailler à l’étranger ?

 

“Pour toutes les personnes qui souhaitent se lancer, je leur dirai de tout simplement suivre leurs rêves !

Il y a plein d’infos sur les réseaux sociaux et pleins de groupes d’entraide et de soutien sur n’importe quelle destination. 

Je pars du principe qu’il vaut mieux revenir à la case départ en ayant tenté sa chance, plutôt que de rêver une vie et de regretter de ne pas oser sauter le pas chaque jour. En tout cas, nous, on ne le regrette pas, même si on ne sait pas de quoi demain sera fait.

 

Aurélie a beaucoup partagé ses démarches et expériences professionnelles à l’étranger sur son blog : Afnewstravel. Tu trouveras des articles détaillés sur la Nouvelle-Calédonie, ou encore Mayotte.

Si le sujet t’intéresse, tu peux nous contacter en commentaire de cet article ou via les réseaux sociaux de Charlotte K. Aurélie nous a partagé des groupes Facebook spécifiques pour les IDE qui souhaitent travailler à l’étranger. 

Tu peux également la retrouver sur Instagram @afnewstravel si tu as des questions.

 

Etre infirmière et accompagner des patients en voyage

De nombreuses associations accompagnent des patients, adultes ou enfants handicapés, en voyage : APF Evasion, l’Envol, Handi Voyages… Si cela correspond à ta sensibilité, il manque toujours d’infirmières sur les lieux de pèlerinage comme à Lourdes par exemple.

Il s’agit souvent de bénévolat, mais c’est une bonne façon de mettre à profit tes compétences pour voyager.

(Témoignage à venir sur ce sujet : si tu as effectué ce type de missions, n’hésites pas à nous contacter)

Infirmière : Exercer et voyager

Etre infirmière et faire du rapatriement sanitaire médicalisé

 

Tu souhaites rester très opérationnelle et voyager ? Le rapatriement sanitaire est peut-être la solution. Des compagnies spécialisées affrètent des avions médicalisés pour aller récupérer leurs bénéficiaires partout dans le monde.

Mina, directrice Marketing, infirmière responsable logistique (gestion du matériel) et IDE de transport chez Médic’ Air International, témoigne de son expérience dans ce secteur.

 

Mina, peux-tu te présenter et présenter ton parcours ?

 

“J’ai 43 ans. J’ai toujours vécu à Paris et je n’ai pas d’enfant.

Ma période hospitalière :

Je suis diplômée depuis 2002 avec une formation effectuée dans le privé. Mais j’intègre L’APHP pour mon premier poste.

Je travaille 10 ans à l’APHP en réa med puis grands brûlés puis réa pneumo. Je souhaitais ne plus travailler en alternance jour/nuit. Or aucune réa à l’AP n’offre un 12h fixe de jour, j’opte pour la disponibilité.

Je fais 6 mois de vacations dans des réanimations du secteur privé dont l’institut mutualiste Montsouris où je finis par prendre un poste en 12h fixe de jour à 80%.

Au bout d’un certain temps, le chef de service nous impose l’alternance jour/nuit non négociable et aucun aménagement n’est accordé pour ceux qui ne peuvent travailler de nuit. Des postes sont bloqués dans les autres services de l’hôpital.

Entre l’annonce et la mise en application de ce nouveau planning, il s’écoule plus d’un an.

En parallèle, je me lance dans un bilan de compétences, cherche un poste en réanimation -12h fixe de jour- et passe des entretiens pour reprendre un cursus universitaire en sciences de gestion.

Je démissionne de l’hôpital.

Ma période Medic’Air International

J’ai commencé en 2005 comme IDE de transport. Cela concernait la prise en charge de patients stables en avion de ligne et de patients réanimatoires en avion sanitaire.

En 2010, une des 2 responsables du matériel part s’installer à Tahiti, on me propose le poste que j’accepte.

2013, on me demande si je peux augmenter mon temps partiel pour du démarchage commercial. L’hôpital refuse ma demande mi-temps.

2016, je quitte l’hôpital et accepte le poste à temps plein. J’accepte les missions de responsable commerciale sous réserve de bénéficier d’une formation. Je me lance en L3 sciences de gestion (afin d’acquérir les bases) puis poursuit en Master 2 marketing et pratiques commerciales. Les cours ont lieu à la Sorbonne, en cours du soir.

Diplômée depuis 2019, j’assure les fonctions de Directrice Marketing, d’infirmière responsable logistique (gestion du matériel) et IDE de transport. “

 

Motivations

Qu’est-ce qui t’a donné envie de travailler au sein d’équipe de transport sanitaire ?

 

“Je suis arrivée un peu par hasard. Un collègue de promo avait pris un poste d’IDE régulateur et transporteur et m’a proposé d’intégrer l’équipe de transport. 

Jeune DE, je ne me sentais pas suffisamment armée pour gérer un patient en dehors de l’hôpital.

Au bout de 2 ans, j’ai fini par accepter et j’ai intégré l’équipe de transport en avril 2005.

Depuis, j’ai pris beaucoup de plaisir à y travailler. Certes mes transports peuvent être difficiles. Mais en tant qu’infirmière, je trouve que notre savoir-faire et notre expertise sont mis en avant”

 

Les responsabilités

En quoi consistaient tes responsabilités au cours des évacuations médicalisées ?

 

“Lors des missions de rapatriement, nous effectuons les soins au patient comme en intra hospitalier : soins de confort et de nursing, administration de traitement, surveillance, etc. 

Ce qui change, c’est l’environnement de travail. Un environnement qu’il faut apprendre à maîtriser.  À cela s’ajoutent les considérations logistiques qu’il faut appréhender. Tout cela s’apprend en formation et s’acquiert avec l’expérience.”

 

L’entreprise et ses missions

Peux-tu présenter ton entreprise et ses missions ?

 

“Medic’Air est une société de services spécialisée dans le rapatriement sanitaire basée en région parisienne. Nous travaillons principalement pour des assureurs étrangers, ce qui signifie que notre patientèle est rarement francophone.

Notre équipe de transport est composée de médecins, IDE et aides soignants majoritairement issus de réanimation, urgences ou soins intensifs.”

 

Les qualités d’une IDE

Quelles sont, selon toi, les qualités que doit posséder une IDE pour travailler dans ce domaine ?

 

“Je dirais qu’il faut avoir les qualités suivantes :

  • Autonomie
  • Maîtrise de ses émotions
  • Capacité d’adaptation
  • Maîtrise de l’anglais”

 

Des conseils

Quels conseils donnerais-tu à une infirmière qui souhaite travailler dans ce domaine particulier ?

 

“Je lui conseillerai de ne pas hésiter à se lancer, l’exercice de la profession dans ce milieu est valorisant.

Il est préférable de se forger une bonne expérience à l’hôpital de façon à appréhender les situations critiques. Et de garder une activité de soin en plus du rapatriement.”

 

Témoignage de Flavie qui a également travaillé dans le rapatriement sanitaire

Les motivations de Flavie

Qu’est-ce qui t’a amené à travailler dans ce domaine ?

 

“Un hasard ! Ma vie professionnelle est souvent due à de belles opportunités. J’ai vu une annonce sur LinkedIn. Sans grands espoirs, j’ai postulé et quelques jours après, j’ai été rappelée par une agence de recrutement.

Les entretiens et tout le suivi se faisaient en anglais.”

Contexte du recrutement

Dans quel contexte as-tu travaillé dans le domaine du rapatriement sanitaire ? 

 

“J’ai travaillé pour une entreprise anglaise qui elle-même était engagée par une entreprise ukrainienne sous contrat avec les Nations Unies.

Nous étions envoyés en Afrique. J’ai fait deux missions différentes, la première plutôt dans un cadre agréable, nous étions sur un début de mission. La deuxième, dans un milieu un peu plus hostile, dans le désert.”

Formations

As-tu fait des formations complémentaires ?

 

“Oui, les formations ACLS et PHTLS étaient obligatoires. (ACLS : Advanced Cardiac Life Support. PHTLS : Pre Hospital Trauma Life Support )

Et j’ai eu une formation en Ukraine pour la gestion des lunettes à vision nocturne avec une formation en e-learning sur les hélicoptères.”

Quelles étaient tes responsabilités ?

 

“Nous étions une équipe de 3 : doc, paramedic et Nurse. Nous avions la responsabilité de notre matériel, du bon fonctionnement et de la prise en charge des patients lors du rapatriement.”

Quel enrichissement ?

Qu’est-ce que cela t’a apporté professionnellement et personnellement ?

 

“J’ai beaucoup appris personnellement, j’ai découvert un univers que je ne connaissais pas du tout et j’ai pu progresser en anglais.

Professionnellement, j’ai appréhendé une nouvelle façon de pratiquer mon métier, et une autre façon d’aborder les situations d’urgences. 

On s’est beaucoup entraîné, nous avons eu très peu de départ, du coup prendre le temps d’analyser ensemble, de toujours progresser et de découvrir comment dans un autre pays les soins sont abordés, j’ai trouvé cela très intéressant. 

Nous étions deux trinômes, plusieurs nationalités différentes, c’était très riche.”

 

Des conseils

Quel conseil donnerais-tu à une IDE qui souhaite se lancer dans ce domaine ?

 

“Je conseillerais de se lancer, de ne pas négliger l’anglais. Je recommande aussi une bonne condition physique.”

 

Tu l’as donc lu dans cette première partie, il est tout à fait possible de mettre son diplôme d’infirmière à profit pour voyager. Comme nos invitées, tu pourrais travailler sur des bateaux de croisière, partir en mission humanitaire ou encore faire du rapatriement sanitaire.

Si tu souhaites combiner ton poste d’infirmière avec un autre travail dans le domaine du voyage, être slasheuse et cumuler deux activités… Au contraire, si tu as envie de tout quitter un certain temps pour prendre la route et voyager autour du monde…

Je te donne rendez-vous la semaine prochaine pour la seconde partie de cet article ? Tu me suis ?

 

 Ce format te plait et t’inspire ? Tu peux retrouver le témoignage de Stéphanie, d’infirmière à assistante comptable.

+ Si tu es infirmier ou infirmière et que tu cherches à te reconvertir ou évoluer professionnellement, viens rejoindre le groupe Facebook d’IDE en quête d’évolution professionnelle et n’hésite pas à nous suivre sur les réseaux sociaux, Youtube et Instagram.

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