Marion, d’infirmière à chirurgien dentiste

Marion a repris ses études après 40 ans pour devenir chirurgien-dentiste. Elle raconte son parcours, les difficultés rencontrées, le financement de sa reconversion et les clés qui lui ont permis de réaliser son rêve.
Le 11 Juin 2026

Rédigé par Pascaline OlivierRelu et validé par Charlotte Kerbrat

D'infirmière à chirurgien dentiste
Charlotte, t’aide dans ton évolution professionnelle à partir de tes compétences et de ton diplôme d’infirmier. Prêt(e) à trouver ta vie IDEale ?

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Marion, d’infirmière à chirurgien dentiste

Voilà un témoignage qui force l’admiration.

Un témoignage qui prouve qu’avec ton diplôme d’infirmière, beaucoup de choses sont possibles.

Marion a effectué une première reconversion d’infirmière à enseignante avant de reprendre ses études pour devenir chirurgien dentiste.

Dans ce témoignage, elle revient avec beaucoup de transparence sur son parcours, les difficultés qu’elle a rencontrées, le financement de ses études, la réalité de la reprise d’études après 40 ans et ce que lui apporte aujourd’hui son métier de chirurgien-dentiste.

Un exemple inspirant pour toutes les infirmières qui se demandent parfois si elles ont encore le droit de rêver grand. (oui!)

À retenir

Oui, une infirmière peut devenir chirurgien-dentiste.

Le projet doit être mûrement réfléchi mais reste accessible aux IDE motivées…

Plusieurs voies existent : passerelle, LAS ou PASS.

La reconversion nécessite une préparation financière et familiale.

Les compétences infirmières sont un véritable avantage dans les études dentaires.

Il est possible de reprendre des études même après plusieurs années de carrière.

L’âge n’est pas un frein à une reconversion vers l’odontologie.

Peux-tu te présenter et présenter ton parcours ?

« J’ai 44 ans, je suis maman de 4 enfants qui ont aujourd’hui entre 18 et 8 ans. Je suis diplômée d’un IFSI du sud-ouest en novembre 2005.

J’ai travaillé une année comme IDE de nuit dans un centre de rééducation, puis j’ai fait un peu d’intérim. J’ai passé le concours d’infirmière scolaire en 2008 mais je n’ai pas exercé longtemps car je suis tombée enceinte.

Le concours d’IDE scolaire est academique et ayant dû suivre mon époux, je n’ai pas pu trouver un établissement sur mon nouveau lieu de vie.

Je suis restée en congé parental pendant 3 ans.

Sans solution pour faire valoir mon concours au sein de l’éducation nationale, j ‘ai passé le concours de professeure des écoles car j’étais maman de 3 enfants (donc exemptée d’avoir un master).

Je suis restée 7 ans enseignante avec des hauts et beaucoup de bas. » 

Pourquoi cette reconversion ? Quel a été le déclencheur ?

« J’ai toujours adoré aller chez le dentiste (oui oui ca existe!), et j’aurais aimé faire des études médicales après le bac mais diverses raisons m’en ont empêchée.

En 2020, j’ai demande un changement de poste au sein de l’éducation nationale.

J’ai demandé à être remplaçante. La veille de la rentrée, j’ai appris que j’allais avoir un poste pour toute l’année (ce dont je ne me sentais pas capable). Mon mari a alors imprimé une demande de disponibilité en me disant « Tu as toujours voulu être dentiste, et bien c’est le moment ». 

Depuis 2 ans, l’idée était revenue à moi car je disais toujours au dentiste de mes enfants que j’aurais rêvé faire son métier. C’est lui qui m’a suggéré de déposer un dossier de passerelle.

J’ai beaucoup investi cette voie ( lettre de motivation, observation…) qui au final s’est avérée négative.

J’ai appris avec le temps que la passerelle est très opaque et que l’on ne sait pas trop comment les candidats sont sélectionnés. »

Pourquoi avoir choisi le métier de chirurgien dentiste après IDE ?

« Pour moi, être chirurgien dentiste, c’était allier plusieurs leviers qui avec le temps prenaient de l’importance : la liberté dans les soins, la technicité, le relationnel avec le patient, le fait de pouvoir prendre son temps… 

C’est une profession très complète où il y a de la chirurgie, de la pharmacologie, de l’analyse d’images radio mais aussi des discussions avec les patients quant aux choix thérapeutiques.

Et puis au niveau organisation de la semaine, je ne travaille pas le WE (sauf rare garde) et je ne bosse ni le WE ni les vacances (contrairement à ma vie d’enseignante). »

As-tu repris des études ? Si oui lesquels ?

« Pour devenir chirurgien dentiste, on peut faire une passerelle (mais les modalités sont floues et c’est un peu du piston selon mon avis), on peut faire une LAS (ce que j ai fait), avec une 1ère année de licence en fonction des facs (moi j’ai fait une année de droit, mais ça peut être psycho, langue, maths, mécanique…)

On peut aussi faire une année de médecine (PASS) où là, on « mange » des QCM pendant une année. C’est très compétitif.

En 2027, il va y avoir une reforme de médecine, il faut donc bien se tenir au courant de ce qui va être mis en jeu, et quelles places seront données aux professions paramédicales.

J’ai tenté la passerelle que je n’ai pas eue. je me suis inscrite en LAS de droit. C’est-à-dire que j’ai intégré une 1ère année de licence de droit avec une option de médecine (en 2020/2021, l’option n’était qu’au 2nd semestre).

Il a fallu prendre un rythme régulier, travailler tous les jours, trouver un endroit calme pour les WE.

Toute la famille a été mobilisée dans cette démarche. L’année a été longue, car pour prétendre à passer le concours de médecine/ dentaire/sage femme/pharma, il ne faut pas avoir de rattrapage. Le stress a été continu toute l’année mais au final, c’est passé ! »

Comment as-tu financé ta reconversion ?

« La question du financement est souvent posée.

Effectivement, nous avons vécu avec le salaire de mon époux pendant 3 ans.

Cependant, avant de reprendre mes études, j’avais été à mi temps pendant 2 ans. Nous avions donc déjà bien modifié notre façon de consommer. Nous sommes comme plein de gens avec un crédit sur la maison, nous avons 2 vieilles voitures, des enfants qui font des activités

Bien sûr, nous ne sommes pas partis loin en vacances pendant cette période, nous avons réduit les dépenses là où c’était possible (et vraiment, en y regardant bien, il y a moyen de faire des économies !)

La ère année, celle du concours, il n’est pas du tout possible de travailler à côté, ce serait courir à la perte du concours.

Après c’est faisable. Moi, je me suis mise a faire des nuits comme IDE à partir de la 3ème année.

Je travaillais un à deux WE par mois et beaucoup à partir de la fin de l’année universitaire (c’est à dire de mai à aout).

Au final, en lissant tout cela sur l’année, je gagnais plus qu’en étant institutrice à mi-temps.

A partir de la 5ème année, j’ai fait un prêt étudiant, ce qui nous permis d’avoir des liquidités pour pallier aux diverses dépenses.

Je pense qu’il est bien d’épargner pour que la première année soit la plus sereine possible.

Après, mon modèle d’autofinancement ne s’applique pas aux personnes vivant seules.

A partir de la 4ème année, on a le statut d’externe, donc l’hôpital nous paye un peu plus de 200 euros par mois. C’est peu mais ça rentre dans le budget tout de même. »

En quoi consiste ton travail aujourd’hui ?

« Aujourd’hui, je suis en fin de 6ème année. Je travaille comme externe à l’hôpital un jour par semaine où je termine ma formation.

Je suis aussi en cabinet comme remplaçante un jour par semaine (voire plus pendant les vacances). Les autres jours, j’écris ma thèse.

Mon travail consiste à dépister, soigner et proposer des traitements adaptés au patient. On dépiste beaucoup tout ce qui est carie (risque carieux) mais aussi les possibles malformations chez les enfants (absence de dent définitive, décalage osseux…) et on les oriente vers des spécialistes si besoin.

On assure le suivi des patients (le dentiste, c’est une à deux fois par an qu’on le rencontre !!), on dépiste des signe infectieux chez des patients devant subir des opérations. Bien sûr, on assure les urgences (la fameuse rage de dent, ou la dent cassée avec un chute de vélo !), et on propose des reconstructions (mis en place de couronne, implant, dentier).

Dans ce métier, il y a aussi la gestion de son cabinet (stock, secrétariat, gestion du personnel…), les échanges avec le patient pour trouver la solution qui lui correspond le mieux.

C’est un métier de confiance, beaucoup de patients sont phobiques, il faut prendre son temps, expliquer.

De mon métier d’enseignante, il me reste le plaisir d’expliquer aux paitents ce que je fait et pourquoi je le fais.

Aller chez le dentiste ce n’est pas evident, on est allongé, on ne voit pas ce que l’on nous fait, on a la bouche pleine d’eau et on ne peut pas s’exprimer.

Le dentiste doit pouvoir anticiper cela ! »

Quelles compétences d’infirmière te servent dans ton métier de chirurgien dentiste ?

« Je trouve que mon expérience d’IDE me donne une aisance avec tous les patients (enfants, personnes porteuses de handicap…). Je suis assez performante côté dextérité. »

« J’ai une qualité d’écoute qui permet un peu de lire entre les lignes des mots/maux des patients. » 

Quelles ont été les difficultés de cette reconversion et comment les as-tu dépassées ?

« Une des grosses difficulté a été de me retrouver avec des étudiants ayant la moitie de mon âge.

Cela peut être parfois agréable et parfois on se sent seul (face à nos soucis de maman, d’épouse, à des souci de santé qui nous touchent …)

Je me suis fait des amis dans la promo même si je sais que c’est assez ponctuel. Quoi que l’on dise, il y a un décalage générationnel qui est présent.

J’ai aussi fait face à des profs très sympas avec moi comme l’inverse. il faut s’adapter même si avec le temps on en a moins envie.

Il faut aussi arriver à se remettre dans le moule d’un milieu universitaire, avec ses règles, ses codes… Même si j’ai bien vécu ces 6 années, j’ai juste envie de sortir de la fac maintenant ! »

Quels conseils donnerais-tu à une IDE qui veut devenir chirurgien dentiste ?

« Je lui dirais que le projet doit être muri d’un point de vu financier pour que ce ne soit pas une source de stress.

De ne pas tout miser sur la passerelle. Encore une fois, une reforme d’accès au concours de médecine va entrer en vigueur en 2027, ça vaut le coup de s’y pencher.

Je dirais aussi qu’il faut tenter. Même si ce n’est pas une réussite, le fait d’avoir enclenché la démarche de changer de profession sera toujours positif, on verra les choses sous un autre angle après. »

Si tu devais résumer en quelques mots : qu’est-ce que cette reconversion t’a apporté ?

« Du bonheur !

Tous les matins pendant 5 ans, je suis arrivée sur le parking de la fac dentaire en me disant : c’est merveilleux, j’y suis ! »

« Je crois que je me suis fait cette réflexion quasi tous les jours.

Cela m’a apporté beaucoup quant à ma capacité à croire en moi, à savoir que je suis capable d’avancer.

Cela m’a aussi appris beaucoup sur ce que je ne veux pas : je ne veux pas travailler en équiper, je suis heureuse en travaillant seule à mon rythme. J’ai besoin de calme pour réfléchir et avancer et ce métier m’offre vraiment ce dont j’ai besoin. »


Oui, une infirmière peut devenir chirurgien-dentiste. Le parcours demande du temps, de l’organisation et de la persévérance, mais cette reconversion est réalisable, même après plusieurs années de carrière et avec une vie de famille déjà bien installée.

Si, après la lecture de cet article, tu as encore des questions, pose-les dans les commentaires, ce sera un plaisir de te répondre rapidement.

Je te donne quelques réponses ici.

Foire aux questions : d’infirmière à chirurgien dentiste

Peut-on devenir dentiste après avoir été infirmière ?

Oui. Une infirmière peut accéder aux études d’odontologie via différentes voies comme la LAS, le PASS ou certaines passerelles destinées aux professionnels de santé.

Combien d’années d’études faut-il pour devenir chirurgien-dentiste après infirmière ?

La durée dépend du parcours d’accès choisi et du niveau de reprise des études. Le cursus reste cependant exigeant et nécessite plusieurs années de formation universitaire.

Les compétences d’infirmière sont-elles utiles en odontologie ?

Oui. Les compétences relationnelles, la connaissance du corps humain, la pharmacologie, la gestion du stress et la dextérité constituent des atouts importants pour exercer comme chirurgien-dentiste.

Comment financer une reconversion d’infirmière vers les études dentaires ?

Les solutions peuvent inclure l’épargne, le soutien familial, le travail ponctuel comme infirmière pendant certaines années du cursus ou encore le prêt étudiant.

Peut-on se reconvertir d’infirmière à autre chose après 40 ans ?

Oui. De nombreuses infirmières évoluent ou se reconvertissent après 40 ans. L’expérience acquise au fil des années constitue même un véritable atout. Avec un projet réfléchi et une bonne préparation, il est possible de reprendre des études, changer de métier ou construire une nouvelle activité, même après plusieurs décennies de carrière.

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Rédigé par Pascaline Olivier
Relu et validé par Charlotte Kerbrat

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À propos de Pascaline Olivier

Depuis 2019, je mets ma plume au service des entreprises engagées et des soignants. Ancienne infirmière diplômée d’État, je valorise la parole des IDE et les accompagne dans leur évolution professionnelle. Mon objectif : écrire des contenus clairs, concrets, utiles, qui mettent en lumière la diversité des possibilités et des parcours …

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