Elodie, d’infirmière à assistante dentaire
En ce moment, nous avons beaucoup de demandes de renseignements sur les reconversions vers des métiers dans les soins dentaires.
Le métier d’assistante dentaire attire de plus en plus d’IDE en quête d’horaires fixes, de week-ends libres et d’un cadre de travail plus serein.
C’est le choix qu’a fait Élodie après dix années à l’hôpital. Elle souhaitait rester dans le domaine de la santé tout en retrouvant un meilleur équilibre de vie. (Pari gagné, tu vas le lire à la fin de cet interview !! Je pense que ça va te parler).
Aujourd’hui, Elodie s’épanouit dans un métier qui lui permet de conserver le relationnel, l’éducation à la santé et l’organisation qu’elle aimait déjà en tant qu’’IDE.
Je te présente son témoignage et tout ce qu’il faut savoir pour devenir assistante dentaire après une carrière d’infirmière. Et si tu as des questions, pose-les en commentaire, nous y répondrons sans faute.
À retenir
Le métier d’assistante dentaire est une reconversion accessible aux infirmières. Tu peux conserver beaucoup de tes compétences relationnelles, organisationnelles et techniques.
La formation se fait en alternance et est généralement financée par l’employeur.
Les principaux avantages : horaires fixes, week-ends libres et charge mentale réduite.
Une baisse de salaire est possible, mais beaucoup d’infirmières y gagnent en qualité de vie.
C’est une option intéressante si tu veux rester dans le domaine de la santé autrement.
Table des matières
- Peux-tu te présenter et présenter ton parcours ?
- Pourquoi cette reconversion ? Quel a été le déclencheur ?
- Pourquoi avoir choisi le métier d’assistante dentaire ?
- As-tu repris des études ?
- À savoir : comment devenir assistante dentaire après infirmière ?
- Comment as-tu financé ta reconversion ?
- En quoi consiste ton travail aujourd’hui ?
- Quelles compétences d’infirmière te servent dans ton métier d’assistante dentaire ?
- Quelles ont été les difficultés de cette reconversion et comment les as-tu dépassées ?
- Quels conseils donnerais-tu à une IDE qui veut devenir assistante dentaire ?
- Si tu devais résumer en quelques mots : qu’est-ce que cette reconversion t’a apporté ?
- Foire aux questions : d’infirmière à assistante dentaire
- Ce format te plait et t’inspire ?
Peux-tu te présenter et présenter ton parcours ?
« Je m’appelle Élodie, je suis une jeune femme de 38 ans, en couple avec 2 enfants qui ont à l’heure actuelle 2 et 5 ans.
J’ai fait un bac littéraire, enchaîné d’une très courte expérience en fac de langues, puisqu’on m’avait dit au lycée que rentrer à l’école d’infirmière avec un bac littéraire n’était pas possible. Dès la première semaine, j’ai senti que ça n’allait pas le faire à l’université.
J’ai repris le taureau par les cornes : si je n’avais pas le niveau en littéraire pour accéder à l’école d’infirmière, il fallait que je fasse une prépa.
Ma première année post-bac a donc été une transition. J’ai intégré une école préparatoire en janvier. J’avais 3 jours à l’école pour préparer le concours d’entrée à l’école d’infirmière, écrit et oral, et 2 jours en stage d’immersion. J’avais fait ça dans une maison de retraite, ça n’avait que confirmé mon choix. »
L’école d’infirmière
« J’ai ensuite été reçue à l’école d’infirmière. Le cursus s’était bien passé. Il y avait eu des stages évidemment difficiles et j’étais contente d’arriver au bout des 3 ans d’études. Par contre, avec de multiples interrogations quand même pendant la scolarité, parce que parfois c’est difficile, tu te poses la question de savoir si tu vas y arriver.
J’ai obtenu mon diplôme en novembre 2010 et dès le lendemain j’ai commencé à travailler dans un petit hôpital local rattaché à un plus grand groupe.
En gros, j’ai travaillé 10 ans comme infirmière. 9 ans dans un petit hôpital avec 2 EHPAD hospitaliers, un service d’urgences, un service de médecine et un service de soins de suite avec des soins palliatifs. Je suis passée par tous les services, hormis les urgences, puisque c’était un souhait de ma part de ne pas y aller, j’avais pas du tout ce profil-là.
J’ai fait aussi 2 ans de pool de remplacement, environ 4 ans en EHPAD, puis 3 ans en soins de suite. »
Ce qui a mis fin à mon expérience en EHPAD, c’est une dépression.
« Les conditions de travail étaient difficiles, on avait réorganisé le secteur médico-social. Le médecin avec qui on travaillait était assez particulier. Et puis tous les jours je faisais à peu près 1h sup, je n’arrivais pas à déléguer, à passer à autre chose. Ça m’a emmenée dans le mur.
J’ai compris qu’il fallait que je change de service si je voulais pouvoir récupérer ma santé mentale.
Je suis retournée travailler à l’hôpital sur un poste en soins de suite avec des lits soins palliatifs, en alternance jour/nuit. Fin 2019, un service de soins palliatifs s’est ouvert, sur lequel j’ai postulé. C’était une ouverture de service, on arrivait de tous horizons.
Je ne suis restée que jusqu’en avril 2020. Parce que quand je suis arrivée en soins palliatifs, l’effectif de nuit n’était pas suffisant, donc on faisait du 100% nuit non-stop, 100 jours sans repos autre que les repos secs. Ça m’a emmenée là encore dans le mur.
C’était au moment du COVID. J’ai commencé à travailler au tout début du COVID, c’était la guerre à l’hôpital.
Ma dépression a commencé en mars-avril et s’est poursuivie ensuite. J’ai compris que je n’allais plus pouvoir retourner à l’hôpital. »
Pourquoi cette reconversion ? Quel a été le déclencheur ?
« J’ai mis plusieurs mois avant de comprendre que retourner à l’hôpital allait être difficile.
J’ai rencontré plusieurs personnes dans le personnel administratif qui m’ont expliqué que je pouvais partir, que je pouvais demander un bilan de compétences, et qu’on ne me retiendrait pas. Je pense que j’ai pris la fuite avant tous ceux qui ont fui après le COVID.
Rapidement, j’ai fait un bilan de compétences.
Il se trouve que j’ai pensé au métier d’assistante dentaire parce qu’autour de moi il y avait une aide-soignante en reconversion qui avait fait ça, qui était en poste. Et il y avait une école d’assistante dentaire à côté de chez moi, à 20 minutes. C’est ce qui a validé ce projet là.
Entre-temps, je suis tombée enceinte en juillet 2020. Mon médecin m’avait certifié qu’elle ne m’obligerait pas à retourner travailler dans un contexte de dépression, et ça m’a aidée à voir le bout du tunnel.
De toute façon, je ne pouvais plus travailler un week-end sur 2, les fériés, en alternance jour/nuit avec un enfant dans l’équation. C’est ça qui a validé le fait qu’il fallait que je fasse autre chose. »
Par quelles démarches as-tu commencé ?
« Enceinte jusqu’aux yeux, j’ai commencé à démarcher les cabinets dentaires. C’était un peu trop tôt. A l’issue de mon congé maternité je n’aurais été disponible qu’à l’été 2021, et dans les cabinets dentaires il se passe pas forcément grand-chose l’été. J’ai donc trouvé le cabinet dans lequel je travaille actuellement au mois de juillet 2021.
Ma disponibilité avait été actée par l’hôpital pour 5 ans d’emblée. J’ai commencé à travailler au cabinet dentaire en septembre 2021. Je laissais mon bébé à la nourrice, mon conjoint était en déplacement à la semaine.
En cabinet dentaire, j’ai commencé par un CDD de 3 mois pour découvrir la profession puisque je ne la connaissais pas, et découvrir l’ambiance qui régnait dans ce cabinet, qui est en pratique exclusive d’orthodontie. J’avais 25 minutes de route, ça changeait la donne par rapport à avant. Il fallait quand même mettre ça dans la balance, surtout avec une nourrice charmante qui avait accepté que je dépose ma fille à 7h du matin et que je la récupère à 19h20 le soir. J’avais une chance folle.
Ce premier CDD de 3 mois, ça m’a permis de confirmer que c’était un domaine où j’allais pouvoir m’épanouir, où j’allais pouvoir transposer certaines connaissances et compétences infirmières et ça s’est révélé exact. L’entente avec la dentiste est super. Si le CDD était concluant, on basculait sur un contrat de professionnalisation pour permettre une entrée à l’école d’assistante dentaire. L’expérience a été concluante, on a transformé le contrat. »
Comment s’est organisé ton temps de travail ?
« Dans notre cabinet, on ne travaille que 3 jours par semaine soit 3 journées de 10h. À ce moment-là j’avais en plus une 4e journée, le jeudi, où j’allais à l’école. On a fait ça pendant 18 mois. Je suis allée au terme de ma formation et j’ai maintenant le diplôme d’assistante dentaire qualifiée.
Entre-temps, la dentiste était au courant de mon projet d’avoir un 2e enfant. On avait anticipé mon départ possible en congé maternité par le recrutement d’une nouvelle personne, une jeune femme qui était secrétaire médicale de métier et qui voulait elle aussi faire la formation d’assistante dentaire.
Elle est arrivée en février 2023. Moi j’ai quitté le cabinet temporairement à l’été 2023, enceinte, et j’ai eu mon petit garçon en janvier 2024. Elle m’a remplacée tout ce temps-là, a fait sa formation, et moi je suis revenue en septembre 2024. Dorénavant, nous avons une secrétaire à temps plein, 2 assistantes dentaires qualifiées à 30h par semaine, plus la dentiste. »
Pourquoi avoir choisi le métier d’assistante dentaire ?
« Très honnêtement, lors de mon bilan de compétences, mon premier critère c’était de ne plus travailler les week-ends, les fériés, et d’avoir des horaires fixes. Le choix était donc limité. Ma préférence allait aux professions paramédicales : le domaine pharmaceutique, le domaine funéraire, tout le domaine de la formation, mais là, ça demandait beaucoup de travail en dehors du temps de travail, et avec des enfants en bas âge je ne voulais pas me tirer une balle dans le pied.
Ou alors les métiers du livre, mais il aurait fallu reprendre une formation initiale, partir de chez moi. Bref.
Le métier d’assistante dentaire, c’était quand même quelque chose dans la santé où je pouvais faire valoir mes compétences acquises et mon expérience déjà significative.
Et comme infirmière, je trouve qu’il mêle le technique et le relationnel, et c’est ce qui me plaît. »
Que fais-tu au cabinet ?
« À l’heure actuelle, je retrouve ça exactement : j’ai à la fois tout ce versant relationnel : je réponds au téléphone, je fixe des rendez-vous, je fais des encaissements, je présente des devis et tout le versant technique.
Depuis que je suis arrivée, j’ai aussi développé toute la partie éducation à la santé au cabinet : brossage des dents, hygiène bucco-dentaire, explications sur les appareils qu’on pose aux enfants, relation avec les parents. Avant, les explications étaient très succinctes, vite fait, 2 min au fauteuil entre 2 portes. J’ai mis en place des fiches récap sur les appareils, et dans les nouveaux projets du cabinet, on a développé un site internet et une application que les gens peuvent télécharger.
Je valorise aussi tout ce qui est communication autour du cabinet.
Sur le versant technique, la praticienne avec qui je travaille ne souhaite pas faire de travail à 4 mains au fauteuil, c’est un choix de sa part, et ça me convient très bien, parce que finalement le soin technique pur, je pensais que ça allait me manquer et pas du tout.
La partie technique pour moi, c’est toute la gestion du matériel et des stocks : on prépare les plateaux avec les instruments dont la dentiste a besoin pour les différents soins, on débarrasse les plateaux une fois utilisés, on met les instruments à tremper et on suit tout le cycle de nettoyage et désinfection jusqu’à l’autoclave. »
As-tu repris des études ?
« Oui, une formation de 18 mois organisée en différents modules. Normalement il y a 8 modules à valider, avec un stage de 4 semaines à effectuer. Comme j’étais déjà infirmière diplômée d’État, j’étais exonérée d’un module et le stage n’était pas obligatoire alors je ne l’ai pas fait.
La formation est quand même basée aux trois quarts sur l’omnipratique, et moi j’ai toujours été en pratique exclusive d’orthodontie. Ça n’a pas été facile d’avoir ce profil-là pendant l’école : parfois, c’était complètement chinois pour moi. Mais au final, j’ai réussi à aller largement au terme de la formation.
Pour quelqu’un qui est infirmière, je pense que la formation est largement atteignable. Ca demande du travail personnel, mais j’ai validé sans grande difficulté.
L’hygiène et l’anatomie, propres aux études d’infirmière, m’ont clairement servie et ça m’a prémâché le travail. Il y avait des choses que je savais déjà, dont j’avais déjà entendu parler, que j’avais déjà validées. J’y allais plus sereine de ce côté-là.
Par contre, pour le module de facturation, je ne comprenais rien du tout. Je n’en avais jamais fait. Mais c’est bête et méchant : à partir du moment où on écoute en cours ce qu’on nous dit et qu’on applique, c’est bon. »
À savoir : comment devenir assistante dentaire après infirmière ?
Pour exercer comme assistante dentaire, tu dois suivre une formation qualifiante en alternance, accessible dès lors que tu trouves un cabinet dentaire prêt à t’embaucher.
La formation en bref
- Durée : 18 mois
- Organisation : alternance entre un cabinet dentaire et un centre de formation
- Diplôme obtenu : titre d’assistant dentaire (niveau 4)
- Rémunération : tu es salariée pendant toute la formation
- Coût : la formation est financée par l’employeur et son OPCO
Conditions d’accès
Pour entrer en formation, il faut :
- être titulaire d’un diplôme de niveau 3 minimum (CAP, BEP ou équivalent),
- trouver un chirurgien-dentiste ou un orthodontiste qui accepte de te former.
En tant qu’infirmière, ton profil est particulièrement apprécié grâce à ton expérience en soins, en hygiène et en relation patient.
Où se former ?
Le CNQAOS (Centre National de Qualification des Assistants en Odonto-Stomatologie) est l’organisme de référence en France pour cette formation.
Bon à savoir
Certaines unités de formation peuvent être plus faciles pour les infirmières, notamment celles liées à :
- l’hygiène et l’asepsie,
- l’anatomie,
- la relation avec les patients,
- l’éducation à la santé.
En revanche, la partie administrative et la facturation demandent souvent un temps d’adaptation, comme le souligne Élodie dans son témoignage.
Comment as-tu financé ta reconversion ?
« Je n’ai rien eu à débourser. La dentiste a fait appel à un organisme de formation qui a financé l’école : l’OPCO.
Pendant la formation, les frais de route et de repas étaient pris en charge par l’employeur. J’étais rémunérée de façon assez basse. Pour un contrat de professionnalisation, la rémunération est encadrée. Mais il était convenu qu’une fois diplômée je passais en CDI avec une rémunération négociée. J’avais fait valoir mes compétences infirmières, c’était plutôt bien payé à l’époque.
Je vais être directe : j’ai perdu environ 500€ par mois entre le moment où j’ai quitté l’hôpital et le moment où j’ai commencé au cabinet dentaire. Il ne faut pas faire ça pour l’argent. »
En quoi consiste ton travail aujourd’hui ?
« Je suis assistante dentaire qualifiée dans un cabinet en pratique exclusive d’orthodontie. On reçoit environ 60 patients par jour. Autant dire que la cadence est quand même élevée.
On est sur 2 niveaux, donc on a fait le choix toutes les deux de dissocier les 2 postes : l’une fait de l’aide secrétariat, photos, radios, auprès des patients, tout ce qui est à l’accueil et dans la salle de consultation au rez-de-chaussée, pendant que l’autre est à l’étage avec la dentiste sur tout ce qui est technique, éducation sur les appareils, explications aux parents.
À la mi-journée, on switche. Ce qui fait qu’on a toute la partie relationnelle et technique tous les jours. »
Côté relationnel
« Notre patientèle c’est pour les trois quarts des enfants ou jeunes adultes, donc il faut adapter son relationnel à la personne qu’on a en face de soi, les mettre en confiance parce que souvent ils arrivent stressés, pouvoir aiguiller les parents sur le fonctionnement propre à l’orthodontie, tout ce que la sécu octroie comme droits en termes de remboursement, comment ça fonctionne avec les mutuelles. Les parents sont demandeurs de ces infos. »
Il y a aussi toute la partie éducation.
« S’adapter à la personne qu’on a en face de soi, on voit qu’il y en a qui captent tout de suite, et puis d’autres où il faut vraiment adapter son vocabulaire pour que les gens comprennent.
Gestion du téléphone, des mails, rédaction de messages : être réactif, par exemple quand un parent envoie une photo de l’appareil de son enfant qui s’est décroché, il faut checker les mails rapidement parce que s’il y a une urgence il faut pouvoir le faire venir.
J’aime bien rédiger, j’aime bien prendre ça sous mon aile. Je pense que c’est lié au fait d’avoir été infirmière : on avait l’habitude de gérer plein de choses en même temps. »
Coté technique
« Côté technique, c’est toute la gestion du matériel et des stocks : les commandes, c’est nous qui les faisons avec ma collègue. On fait aussi les photos des enfants et on les accompagne en radio. »
Et coté administratif
« Il y a aussi tout l’administratif de la dentiste : suivi de comptabilité, scan des factures, gestion des entrées et sorties d’argent. La secrétaire fait le bilan comptable le soir, toutes les cartes, les remises en banque, etc. C’est quelque chose que je sais faire mais que je fais rarement dans les faits.
Il y a pas une journée pareille.
Même si les explications sont toujours les mêmes, si on a 3-4 grandes sortes d’appareils et qu’on en pose 15 dans la journée, il faudra refaire les consignes 15 fois.
On essaie de rendre ça plus ludique et vraiment de s’adapter à tous les patients. »
Quelles compétences d’infirmière te servent dans ton métier d’assistante dentaire ?
« Le relationnel, vraiment, c’était primordial. Et puis, j’ai souvent été dans des services où j’étais seule infirmière en poste, en EHPAD notamment, j’avais l’habitude que tout repose sur mes épaules.
Parfois c’était très lourd à porter, mais j’aime bien ne pas avoir de chef qui me donne des directives en permanence, j’aime bien me débrouiller, faire comme j’ai envie. Et jusqu’à présent ça m’a plutôt réussi.
C’est un peu pareil ici, parce que la dentiste avec qui je bosse nous fait confiance, elle nous laisse faire.
Les bases en anatomie acquises pendant mes études d’infirmière, clairement, ça m’a prémâché le travail à l’école d’assistante dentaire.
Et pour quelqu’un qui serait vraiment dans un cabinet d’omnipratique, il y aurait beaucoup plus de technique : spatuler des produits, assister vraiment le dentiste au fauteuil, etc. Ça, c’est du technique pur que je n’ai pas dans mon quotidien, et clairement ça ne me manque pas. »
Quelles ont été les difficultés de cette reconversion et comment les as-tu dépassées ?
« Sur le plan professionnel, le module de facturation, j’en ai déjà parlé. C’était le principal frein.
Sur le plan personnel, ce qui a été difficile c’était surtout de réussir à articuler ma vie perso.
Oui, je ne travaille que 3 jours par semaine, mais avec de très grosses amplitudes horaires. Mon conjoint n’est pas là en semaine. Ça a orienté mes choix de garde : mon petit est chez une assistante maternelle parce qu’avec mon amplitude horaire plus mes temps de trajet, je ne trouve pas de structure collective sur mes horaires.
Ma fille, c’est une garde à domicile le soir après l’école et ça, ce sont des frais qu’il faut pouvoir supporter financièrement.
Dans cette profession, on n’est pas très bien payé. J’ai la chance d’avoir un conjoint qui gagne bien sa vie. Mais ça, c’est quand même à prendre en compte.
L’autre point : en orthodontie, je travaille tous les mercredis en journées complètes, et c’est non négociable.
J’ai essayé de le négocier à mon retour de congé maternité, ça n’a pas été possible.
Mais par ailleurs, comme on est maintenant 2 assistantes, il y a plus de souplesse qu’avant. Ponctuellement, si ma collègue a un rendez-vous médical pour sa fille, je gère seule. Et si moi j’ai besoin de poser des congés sans solde une semaine, elle s’en sortira sans moi.
C’est une soupape que je n’avais pas avant qu’elle arrive. »
Quels conseils donnerais-tu à une IDE qui veut devenir assistante dentaire ?
« Bien se renseigner sur la profession. Parce qu’autour de moi, plein de gens m’ont dit « Ah, assistante dentaire, ça a rien à voir, tu rétrogrades. » En réalité, on retrouve de vraies compétences.
Pourquoi pas proposer de venir observer une journée dans un cabinet pour se faire une idée concrète.
Et surtout, surtout, surtout, je fonctionne au feeling. Il faut bien comprendre qu’on travaille en duo avec le praticien. Si au moment de l’entretien ça ne matche pas avec lui, il ne faut pas y aller. Pendant 10h, je suis avec la dentiste. Si l’entente n’est pas bonne, clairement je ne reste pas. En l’occurrence, ça fonctionne très bien, et c’est ça qui m’a retenue même dans les moments un peu plus difficiles. »
Si tu devais résumer en quelques mots : qu’est-ce que cette reconversion t’a apporté ?
« Pendant mes 10 ans à l’hôpital, on m’a toujours dit qu’il fallait savoir passer à autre chose, bien scinder sa vie professionnelle et sa vie personnelle. C’est quand je suis arrivée au cabinet dentaire et que j’ai commencé ce nouveau métier que j’ai compris ce que ça voulait dire.
Quand je quitte le cabinet, je rentre chez moi, et je passe dans ma vie personnelle véritablement. Il y a vraiment une scission qui s’opère.
À tel point que si j’ai une interruption entre deux journées, je ne me souviens plus exactement de ce que j’ai à faire. Je suis obligée de noter ce qu’il faudra que je fasse en arrivant. Et ça, pour moi c’est ultra-bénéfique. Ça veut dire que quand j’arrive chez moi, je suis 100% maman ou avec mon conjoint. Ce qui se passe au cabinet disparaît de ma tête.
Ça n’arrivait jamais quand j’étais infirmière. J’avais toujours dans un coin de ma tête tel patient, je me demandais si j’avais bien allumé le pousse-seringue, si j’avais bien noté quelque chose. Régulièrement je rentrais le soir et j’étais obligée de rappeler l’équipe de nuit : « Est-ce que tu peux vérifier que j’ai bien noté ça ? » Je ne passais jamais à autre chose.
Aussi, le fait de vivre géographiquement plus loin de mon lieu de travail qu’avant, 25 minutes de route, ça aide. Les gens que je côtoie au travail ne sont pas ceux que je croise dans ma vie de tous les jours. Ça fait vraiment une scission. »
« Je ne regrette pas cette reconversion.
Il faut s’accrocher, s’armer de courage. Mais quelqu’un qui est déterminé, qui sent qu’il doit aller là-dedans, pourquoi pas ?
Et puis je me dis toujours : la vie est longue. Pour l’instant je fais ça, et dans 5 ans j’aurai peut-être envie de faire autre chose et bien je ferai autre chose.
Parce qu’il ne faut pas oublier que quand on est capable de faire un premier changement, on est toujours capable de rebondir ailleurs. »
Foire aux questions : d’infirmière à assistante dentaire
Pour devenir assistante dentaire, tu dois trouver un cabinet dentaire prêt à t’embaucher puis suivre une formation qualifiante en alternance de 18 mois. En tant qu’infirmière, ton expérience en hygiène, relation patient et organisation constitue un vrai atout pour être recrutée.
Oui, une formation spécifique est obligatoire pour exercer. Elle se déroule en alternance, avec un statut de salariée, ce qui permet de se former tout en étant rémunérée. Certaines matières, comme l’hygiène ou l’anatomie, sont souvent plus accessibles pour les infirmières.
Cette reconversion séduit les infirmières qui souhaitent rester dans le domaine de la santé tout en retrouvant un rythme de travail plus stable. C’est une option particulièrement intéressante si tu veux conserver le contact humain sans les contraintes des nuits, des week-ends et de la lourde responsabilité infirmière.
Une assistante dentaire qualifiée gagne généralement entre 1 800 et 2 200 € brut par mois, soit environ 1 450 à 1 750 € net, selon son expérience, la région et les responsabilités confiées.
Dans son témoignage, Élodie explique avoir perdu environ 500 € nets par mois en quittant l’hôpital pour devenir assistante dentaire. En contrepartie, elle a gagné des horaires fixes, des week-ends libres et une bien meilleure qualité de vie.
Ce format te plait et t’inspire ?
Je t’invite à découvrir l’article Reconversion professionnelle et vie privée : comment garder un bon équilibre familial ?
- Si tu es aide-soignant ou aide-soignante et que tu cherches à te reconvertir ou évoluer professionnellement, viens rejoindre le groupe Facebook d’AS en quête d’évolution professionnelle !
- Si tu souhaites atteindre ta vie idéale, viens découvrir mon accompagnement pensé par et pour les soignants en quête d’évolution ou de reconversion professionnelle.


0 commentaires