Émeline, d’IDE à conseillère conjugale et familiale

 

Émeline a cherché un métier qui se rapprochait le plus possible du domaine dans lequel elle avait adoré travailler en tant qu’infirmière. D’IDE à conseillère conjugale et familiale, elle explique son cheminement, son organisation, ses espérances pour la suite.

 

Une interview inspirante que je te laisse découvrir.

 

Raconte-nous ton parcours en toute transparence ?

 

« Comme je le dis souvent, je n’ai pas choisi mon métier. C’est lui qui m’a choisi.

 

Depuis aussi longtemps que je me souvienne, j’ai toujours souhaité faire un métier de la santé, pour « prendre soin » des autres.

J’ai donc décidé de passer le concours d’entrée pour l’IFSI l’année de mon bac. Et j’y ai été admise.

Me voilà diplômée à 21 ans (c’était en 2003). J’étais déjà en couple avec mon mari. J’ai débuté au pool de l’hôpital d’Arles. Et me suis rapidement posée dans un service de médecine. 1 an après mon diplôme, j’étais titulaire. 

En 2006, j’accouche de ma fille. Je profite de mon congé maternité pour demander ma mutation sur l’hôpital de salon de Provence avec un temps partiel à 80%, mon mari ayant un nouveau poste. Nous déménageons. 

J’intègre l’hôpital, fais quelques services. Puis le chef du pôle femme-enfant souhaite créer une équipe d’infirmières pour son service de gynécologie obstétrique. Me voilà parti dans cette aventure. Les plus belles années de ma carrière !!!

J’ai apprécié travailler en collaboration avec les gynécologues, sages-femmes, auxiliaires de puériculture, aides-soignantes, psychologue auprès de jeunes filles, femmes, mamans, couples, parents, nouveaux nés. J’ai adoré et pourtant ce n’était pas tous les jours faciles ni heureux (IVG, cancers, mort fœtale, fausse couche). 

 

Durant ces belles années, nous accueillons un 2ᵉ enfant. »

 

Quand a eu lieu le changement ?

 

« En 2016, il y a des restructurations. Les lits de gynécologie sont revus à la baisse et sont intégrés au service de chirurgie générale.

“Mesdames les infirmières, vous pouvez vider vos casiers. Nous n’avons plus besoin de vous.”

Je fais un burn out. Quitter une spécialité que j’aime et quitter ma famille professionnelle a eu raison de ma santé mentale. 

 

S’ensuivent 8 mois d’arrêt maladie avec suivi et thérapie.

 

Je remets le pied à l’étrier. Et je rentre en chirurgie orthopédique. Mais mon cœur reste serré de ne plus travailler auprès de ce public et de mon équipe. 

Mon nouveau service se modifie et devient chirurgie orthopédique gériatrique puis court séjour gériatrique.

Je me souviens qu’à l’époque, on nous disait de soigner la personne dans le lit comme notre père ou notre mère. Là, je ne m’y retrouve plus.

Je ne soigne plus comme j’aime, ni comme je veux, mais comme je peux.

Le service est très lourd mentalement et physiquement. Mon dos est usé, je suis reconnue en maladie professionnelle, mais ne souhaite pas de poste aménagé.

 

J’approche la quarantaine et je comprends que je ne finirai pas ma carrière en tant qu’infirmière. »

  

Comment as-tu trouvé ta nouvelle voie ?

 

« Je navigue sur internet à la recherche d’un métier qui me permettrait de retrouver ma spécialité et mon envie de me lever chaque matin. 

 

Cela me permet de découvrir cette profession de conseillère conjugale et familiale qu’on pourrait plutôt nommer comme conseillère en vie relationnelle, affective et sexuelle. 

 

Je monte un dossier ANFH (Association Nationale pour la Formation permanente du personnel Hospitalier) pour une reconversion. Et je postule au planning familial à Marseille pour intégrer la formation. »

 

 Comment s’est passé le départ de ton précédent job ?  

 

« Je n’ai pas eu besoin de quitter ma structure. Je suis donc toujours en fonction dans mon service de soins et en formation en discontinu à raison de 1 semaine par mois intégrée à mon planning. 

 

Mon poste est un 60% en tant qu’IDE dans le service de court séjour gériatrique et mon temps de formation est de 20%. L’ANFH prend en charge mes déplacements et mes repas pendant mes jours de formation et je suis payée à 85% ces journées-là.

 

Je suis remplacée dans mon service durant mon absence. »

 

Comment as-tu géré ta vie de maman et ta reconversion ?

 

« Mes enfants ont aujourd’hui 16 et 12 ans et sont presque autonomes.

Mon mari est présent, me soutient ainsi que mes beaux-parents. Sans eux, je ne pourrai probablement pas suivre ma formation (je pars à 7h et rentre à 19h). »

 

Vers quelle activité t’orientes-tu ?

 

« Ce métier me permettra de travailler en planning familial, PMI, CPEF, structures d’accueil pour femmes, service d’orthogénie (Les conseillères conjugales et familiales ont rarement des postes à temps plein).

 

Et d’ailleurs, c’est un poste qui n’existe pas dans mon centre hospitalier. Comme je suis toujours en contact avec les gynécologues, ils connaissent mon parcours et souhaitent me réintégrer à leur équipe. Faut-il encore qu’avoir une personne qualifiée pour ce public fasse partie du projet de l’hôpital… Et de leur budget…

Je profite de mes 2 années de formation et me laissent toutes possibilités. (Soit un poste créé au CH ou une demande de disponibilité pour un poste en extérieur avant de quitter la fonction publique). »

 

En quoi consiste ta formation ?

 

« Ma formation se déroule au planning familial de Marseille (association féministe et d’éducation populaire). Elle aborde des thèmes de vie relationnelle, affective et sexuelle.

 

On y parle donc de contraception, d’IST, d’identité de genre, des IVG et IMG, du désir d’enfant, des violences gynécologiques, sexuelles, sexistes, conjugales, familiales et bien d’autres sujets.

 

Cette formation consiste à développer des capacités d’écoute active, d’approche centrée sur la personne, d’accueil positif, inconditionnel. 

 

Nous pourrons à l’issue mener des entretiens de relation d’aide individuels, de couple ou familial, animer des groupes d’informations, de paroles, notamment dans le champ de l’éducation à la sexualité (intervention collective en établissement scolaire par exemple).

Nous sommes formés également pour proposer un accueil informatif, individuel et collectif, toujours dans les mêmes champs de compétences, et nous travaillerons en collaboration avec d’autres professionnels comme médecins, psychologue… »

 

 

Comment gères-tu la transition financièrement ?

 

« Je suis acceptée et mon dossier ANFH est validé en commission. Je suis donc prise en charge financièrement pour ma formation avec une contrepartie de « temps » à rendre à la fonction publique à l’issue. »

 

 

Quelles sont les difficultés d’une reconversion selon toi, et comment les dépasser ?

 

« Selon moi, les difficultés pour se lancer dans une reconversion pourrait être :

  • des raisons financières (ce n’est pas mon cas, car je suis toujours en activité et les frais de ma formation sont pris en charge contre du temps que je devrai à l’hôpital après, soit 3 fois le temps de formation)
  • des raisons familiales. Il faut être bien entourée et organisée. Mes journées de formation m’occupent de 7h à 19h avec les trajets. Il y a aussi un investissement de travail personnel à fournir en plus de son activité professionnelle et de son quotidien.

 

Il faut oser se lancer, reprendre confiance en soi, en ses capacités à apprendre, à gérer tout cela, oser sortir de sa zone de confort, oser renoncer à un métier qu’on affectionne.

 

Pour affronter ces difficultés, j’ai personnellement fait un tableau des pour et des contre.

Je me suis dit que mon diplôme d’infirmière resterait valable toute ma vie, que si je n’avais pas de travail de suite, je ne serais pas sans rien.

 

J’ai monté le dossier ANFH qui me permet de ne pas être en difficulté financière. J’ai discuté avec la gynécologue de l’hôpital et nous avons monté un projet de création de poste, ce qui a motivé ma rentrée en formation même s’il n’y a aucune certitude.

 

C’est donc ce que je conseillerai à une personne qui hésiterait, faire un point des pour et des contre, faire un bilan de compétences et être fière de franchir le pas .

 

Je suis fière de moi d’avoir osé sauter le pas.

Je doutais de mes capacités à retourner dans des « études « . Et aujourd’hui, je suis heureuse de me dire qu’au bout une nouvelle vie professionnelle s’ouvrira à moi. »

 

Comment devenir conseillère conjugale et familiale ?

 

Il y a différente voie pour arriver à cette profession. Je te donne ici les points principaux, mais dis-nous en commentaire si tu souhaites un article plus détaillé sur le sujet.

La formation de conseillère conjugale et familiale est dispensée par des centres de formations privés agréés ou par certaines universités.

Elle est directement accessible à certaines professions comme celle d’infirmière et demande une mise à niveau pour les autres.

Le plus souvent, il s’agit de deux ans d’étude avec des stages.

Tu peux retrouver toutes les informations concernant la formation du planning familial de Marseille sur leur site internet (clique sur le lien).

 

 

 Ce format te plait et t’inspire ? Tu peux retrouver le témoignage de Stéphanie, d’infirmière à assistante comptable.

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