Robin, infirmier dans un camp de l’UE en Somalie

Robin est infirmier. Il te fait vivre son quotidien dans un camp de l’Union Européenne en Somalie.

Il décrit dans cet article un métier dont on ne parle pas beaucoup, celui d’emergency nurse (infirmier d’urgence en français avec une traduction qui ne peut être fidèle).

Robin, comme il va l’expliquer, n’est pas en mission humanitaire et ne travaille pas auprès des populations locales.

Il est salarié d’une entreprise mandatée par l’Union Européenne et propriétaire d’un camp à Mogadiscio.

Comme je le disais plus haut, le titre de son poste est Emergency Nurse, ce qui peut être traduit par « Infirmier urgentiste en zone isolée ».

Robin prend en charge le personnel du camp avec des missions très variées dues aux conditions parfois dangereuses de son exercice.

 

Je te laisse découvrir son témoignage.

 

Raconte-nous ton parcours

“Je suis infirmier depuis 2016, diplômé à Strasbourg.

J’ai travaillé en surveillance intensive en Suisse pendant 4 ans.

En parallèle, je suis aussi infirmier sapeur-pompier à Strasbourg depuis maintenant 3 ans.

Depuis 2020, j’ai commencé à travailler en Somalie, Mogadiscio pour l’Union européenne.”

 

Pourquoi as-tu décidé de partir en mission humanitaire ?

 

“Ce n’est pas une mission humanitaire puisque chaque camp ici possède son équipe médicale.

Nous devons prendre en charge uniquement notre personnel (environ 150 personnes à plein temps).”

 

En quoi consiste ton poste sur place ?

 

“La situation ici est assez compliquée, impossible de pénétrer en ville (beaucoup trop dangereux)

pour être au contact de la population.

 

La ville est gangrenée par les terroristes appelés Al Shabab (branche d’Al Kaida) qui perpétuent les attaques

contre le gouvernement et la population.

 

Je travaille dans la clinique du camp avec un médecin urgentiste.

Nous nous occupons de tout le personnel présent sur site (Contractor, diplomates, staff etc.).

 

Je suis aussi chargé de l’entretien de notre matériel et de son bon fonctionnement.

Idem pour la pharmacie, gestion des commandes etc.

 

Je dispense également des formations de premiers secours pour notre staff et les diplomates.

Et bien sûr, on fait des consultations journalières pour les blessés ou malades comme ça pourrait se faire dans un cabinet médical classique.

 

Je fais des missions de 2 mois sur site pour 2 mois de congés à la maison.

Donc 6 mois de vacances à l’année c’est quand même le top !”

 

De quelle organisation dépends-tu ?

 

“L’entreprise qui m’emploie s’appelle Rapid SAS,

propriétaire du camp ici et prestataire pour l’UE.

 

Ce sont nos clients.”

Robin, infirmier dans un camp de l'UE en Somalie

Peux-tu raconter une journée type ?

 

“Tous les matins (sauf le vendredi), nous avons un briefing avec le compound manager et les managers des différentes équipes (médicale, maintenance, housekeeping, kitchen, RH, informatique etc ...)

Pendant cette réunion, on prépare le déroulé de la journée.

 

Ensuite je vais à la clinique contrôler mes équipements (pousse seringue, défibrillateur, respirateur etc),

faire le contrôle des températures des frigos.

 

Il y a aussi une partie administrative avec pas mal de mails,

il vaut vérifier que chaque personne arrivant sur site ait un dossier médicale complet et soit bien intégrée

dans notre base de données (vaccinations à jour).

 

Ensuite nous avons différentes consultations qui peuvent aller de la simple grippe au blessé par éclat d’obus

(nous avons reçu un obus cet été pendant les élections présidentielles locales ) en passant par l’ouvrier qui

tombe de l’échelle ou le cuisinier qui s’ouvre la main au couteau.

 

Nous avons aussi eu récemment un arrêt cardiaque.

Il y a vraiment de tout et dans ce genre de milieu tout peut arriver à n’importe quel moment.

C’est pourquoi nous sommes disponibles et opérationnels  24h/24 et 7jours/7.

 

 

L’après-midi, c’est plutôt le moment pour les formations mais aussi les consultations et temps libre pour faire du sport ou autre activité

(très important ici d’avoir un moment pour se vider l’esprit).”

 

As-tu suivi une préparation spécifique ? Des formations ?

 

“Pour obtenir ce poste, je devais avoir minimum 4 ans d’expérience dans un service intensif

et une expérience pré hospitalière était fortement recommandée (que j’ai avec les pompiers).

 

J’ai également dû passer l’ACLS et le PHTLS qui sont des diplômes vraiment indispensables

et très utiles pour ce genre de poste.”

 

Quelles sont tes envies pour la suite ? Tes projets ?

 

“Après 2 ans, je suis à la recherche de nouvelles aventures, toujours avec cette envie de voyager.

 

Pourquoi pas lier l’utile à l’agréable !

Dans l’idéal un poste où ça bouge, avec pas mal d’adrénaline (j’ai besoin de ça pour m’épanouir).

 

Je me renseigne sur l’évacuation sanitaire avec les différents moyens de transports aériens

ou l’intégration d’unité d’élite (GIGN via l’armée , BRI via la BSPP).

 

Rien de concret pour le moment.”

 

 Quelles sont les qualités à posséder ou renforcer sur une poste comme le tien ?

 

“Je dirais qu’ici il faut être autonome avant tout.

 

Être prêt à intervenir dans des conditions différentes de celles de l’hôpital,

savoir travailler en binôme avec un médecin donc connaître ses algorithmes/protocoles

et être à l’aise techniquement puisque seul infirmier, personne ne viendra vous remplacer ou faire

ces actes à votre place.

 

Ne pas avoir peur d’être isolé et entouré de murs de bétons de 3m avec supplément barbelés,

aux côtés de gardes lourdement armés …

Au début on se croirait un peu dans une prison de haute sécurité … beaucoup de bruits de détonations également.

 

Malgré ces conditions difficiles, ici nous sommes tous dans le même bateau ce qui fait que l’ambiance générale est bonne et solidaire ! ”

 

Quels conseils donnerais-tu à un ou une IDE qui souhaiterait s’engager sur ce type de poste ?

 

“D’abord acquérir de l’expérience en milieu hospitalier puis en milieu pré hospitalier.

Due à une grande mixité culturelle et linguistique, la maîtrise de l’anglais est indispensable.

 

Ici tout se fait en anglais (meeting, briefing, formations etc.).

 

Sur le camp, il y a des français des kenyans, des ougandais, des indiens, des congolais, des togolais, et des européens !

Ce mélange culturel est hyper enrichissant et agréable à vivre au quotidien.”

 

 

Quelques précisions

 

Voilà quelques précisions sur les formations effectuées par Robin pour pouvoir exercer dans ces circonstances particulières :

 

ACLS

 

L’ACLS ou Advanced Cardiac Life Support est une formation sur les gestes à réaliser en toute première urgence suite à une situation d’arrêt cardiaque ou de détresse. Elle est dispensée par de nombreux organismes de formation.

L’ACLS dure en général deux jours, durant lesquels les stagiaires seront mis en situation pour revoir les gestes comme le massage cardiaque, l’utilisation du défibrillateur etc.

 

PHTLS

 

PHTLS ou Pré Hospital Trauma Life Support est une formation qui permet d’évaluer rapidement l’état d’un patient en situation d’urgence pour gérer ensuite les priorités, établir les conduites à tenir ou encore mettre en place un transport efficace.

 

La formation dure en général deux jours complets et allie la théorie à beaucoup de mises en situation.

Elle est validée par un QCM et un cas concret pratique.

Si tu souhaites avoir des informations, tu peux te rendre sur le site de Life Support France.

 

 

Ces diplômes sont en général demandés sur des postes comme celui de Robin ou des postes de convoyage sanitaire par exemple. Si tu es employé par des sociétés qui proposent ce genre de service, elles peuvent te former à ta prise de poste.

 

 

Le camp

 

Le camp où travaille Robin est une résidence diplomatique de l’Union Européenne crée par la société française Rapid SAS.

Cette entreprise est spécialisée dans la création de sites dans des milieux difficiles ou dangereux.

 

Une fois l’installation construite, Rapid SAS gère le site et emploie les équipes des différents pôles dont l’équipe médicale à laquelle appartient Robin.

 

Tu peux, si cela t’intéresse, avoir une idée des infrastructures construites en Somalie en allant visiter le site internet de Rapid SAS.

 

 

Ce format te plait et t’inspire ? Tu peux retrouver un article sur la façon d’exercer en temps qu’IDE tout en voyageant : Infirmière : exercer et voyager.

Il y est question, entre autres, du transport sanitaire dont parle Robin dans son témoignage.

 

Si tu es infirmier ou infirmière et que tu cherches à te reconvertir ou évoluer professionnellement, viens rejoindre le groupe Facebook d’IDE en quête d’évolution professionnelle et n’hésite pas à nous suivre sur les réseaux sociaux, Youtube et Instagram.

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