Si tu veux évoluer sans quitter le soin, gagner en expertise clinique, suivre davantage les patients ou prendre plus de responsabilités, la pratique avancée peut être une vraie piste. Sur le papier, le parcours paraît assez lisible : cinq domaines d’intervention, quatre semestres de formation, un diplôme d’État de grade master et des compétences élargies.
Dans les faits, le diplôme n’est qu’une partie du projet. Il faut choisir une mention, organiser deux années d’études, financer la formation, vérifier les possibilités d’exercice et surtout savoir ce que tu attends de cette évolution. Chez Charlotte K, on retrouve aussi cette question dans l’accompagnement d’IDE qui envisagent l’IPA et d’IPA déjà diplômées.
Tu trouveras donc ici les règles actuelles pour devenir IPA, mais aussi le vécu de professionnelles et les questions à te poser avant de consacrer deux ans à ce projet.
À retenir :
- Le diplôme d’État d’infirmier en pratique avancée se prépare en quatre semestres, valide 120 ECTS et confère le grade de master.
- Il existe cinq domaines d’intervention : pathologies chroniques stabilisées, prévention et polypathologies courantes en soins primaires ; oncologie et hémato-oncologie ; maladie rénale chronique, dialyse et transplantation rénale ; psychiatrie et santé mentale ; urgences.
- Pour exercer comme IPA, il faut notamment obtenir le DE IPA correspondant à sa mention et justifier de trois années minimum d’exercice infirmier en équivalent temps plein.
- Ces trois années constituent une condition pour exercer comme IPA. Pour candidater à la formation, le cadre national demande d’être titulaire d’un diplôme ou d’une autorisation permettant d’exercer comme infirmier ; chaque université organise ensuite son admission.
- L’IPA dispose de compétences cliniques élargies et peut réaliser certains actes, prescrire certains produits, examens ou prestations et adapter certaines prescriptions dans les limites prévues par les textes.
- La prise en charge directe de patients est possible dans les établissements et structures prévus par la loi.
- Il n’existe pas de prix national unique pour la formation IPA : le tarif dépend notamment de l’université et de ton statut.
- Un bon projet professionnel se construit aussi au-delà du diplôme : vérifie comment et où tu pourras exercer ensuite.
Table des matières
- IPA : qu’est-ce que ça change vraiment dans le métier infirmier ?
- Quels sont les 5 domaines d’intervention de l’IPA ?
- Sophie et Marie-Astrid racontent leur parcours pour devenir infirmières en pratique avancée
- Comment devenir IPA ? Distinguer la candidature et le droit d’exercer
- Formation IPA : deux ans, 120 ECTS et beaucoup plus que des cours
- Combien coûte une formation IPA ?
- Accès direct et prescriptions : le métier a changé depuis sa création
- Le diplôme IPA ne règle pas à lui seul la question du travail
- Et si ton projet IPA est refusé ou devient impossible ?
- Le témoignage complet d’une étudiante infirmière en pratique avancée
- Ce qu’il faut retenir de ce témoignage aujourd’hui
- Avant de devenir IPA : 5 questions pour tester ton projet
- IPA ou autre Master : ne pars pas du diplôme, pars de ton projet
- Sources et méthode
IPA : qu’est-ce que ça change vraiment dans le métier infirmier ?
Une infirmière en pratique avancée reste infirmière, mais elle exerce avec des compétences élargies validées par un diplôme d’État universitaire de grade master.
La formule « entre infirmière et médecin » est souvent utilisée pour résumer le métier. Elle est pourtant trompeuse si on la prend au pied de la lettre. L’IPA ne devient pas une sorte de médecin intermédiaire : elle développe une expertise infirmière avancée, avec davantage de compétences en clinique, suivi, évaluation, prévention, coordination et prescription.
Dans son domaine d’intervention, elle peut notamment conduire un entretien avec le patient, réaliser une anamnèse et un examen clinique, mener des actions de prévention ou de dépistage, effectuer des évaluations cliniques, demander certains examens et réaliser ou adapter certaines prescriptions autorisées par les textes.
Elle participe aussi à la coordination du parcours de soins et peut contribuer à l’amélioration des pratiques, à la formation des équipes et à la recherche.
Le changement va donc au-delà de « faire plus d’actes » : il touche aussi la façon d’évaluer une situation, de suivre un patient et de prendre sa place dans une équipe de soins.
Quels sont les 5 domaines d’intervention de l’IPA ?
Le diplôme comporte une mention correspondant au domaine dans lequel l’IPA exercera. Il en existe aujourd’hui cinq.
| Domaine d’intervention | Ce qu’il couvre |
|---|---|
| Pathologies chroniques stabilisées, prévention et polypathologies courantes en soins primaires | Suivi de pathologies chroniques stabilisées définies par les textes, prévention et situations courantes en soins primaires. |
| Oncologie et hémato-oncologie | Pratique avancée auprès de patients suivis en oncologie ou en hémato-oncologie. |
| Maladie rénale chronique, dialyse et transplantation rénale | Suivi dans le champ de la maladie rénale chronique, de la dialyse et de la transplantation. |
| Psychiatrie et santé mentale | Pratique avancée dans le champ de la psychiatrie et de la santé mentale. |
| Urgences | Exercice dans les conditions spécifiques prévues pour les établissements autorisés à exercer une activité de médecine d’urgence. |
Pense le choix de ta mention à partir de ton futur exercice autant que de la spécialité qui t’attire. Avec quels patients veux-tu travailler ? Dans quelle structure ? Quelles missions voudrais-tu exercer au quotidien ?
Si la psychiatrie et la santé mentale t’intéressent, Charlotte K a également consacré un entretien complet à cette mention avec Marie-Astrid, infirmière en pratique avancée : écouter son témoignage sur l’IPA en psychiatrie et santé mentale.
Sophie et Marie-Astrid racontent leur parcours pour devenir infirmières en pratique avancée
Les textes réglementaires expliquent ce qu’une IPA peut faire. Ils racontent beaucoup moins bien comment des infirmières vivent le passage vers la pratique avancée.
Charlotte K a interviewé Sophie et Marie-Astrid, alors respectivement présidente et secrétaire de l’Association Nationale Française des Infirmier(e)s en Pratique Avancée. Pendant 36 minutes, elles reviennent sur leur parcours et sur leur quotidien dans le métier.
Cet entretien a été publié en 2022. Il reste intéressant pour leurs parcours et leur vécu. Pour les règles d’exercice, les prescriptions ou l’accès direct, ce sont en revanche les textes actuels présentés dans cet article qu’il faut utiliser.
L’intérêt de leur témoignage est justement là : en plus du programme des universités, écoute celles qui ont fait le chemin. Un métier se comprend difficilement avec une liste de compétences.
Comment devenir IPA ? Distinguer la candidature et le droit d’exercer
Pour exercer comme infirmière en pratique avancée, il faut obtenir le diplôme d’État d’IPA dans la mention correspondant à son domaine, justifier d’au moins trois années d’exercice infirmier en équivalent temps plein et effectuer l’enregistrement prévu par les textes.
Attention : ces trois années conditionnent l’exercice, pas la candidature à la formation.
Le Code de l’éducation prévoit que peuvent candidater à la formation les personnes disposant du diplôme d’État infirmier ou d’un diplôme, titre ou d’une autorisation permettant d’exercer la profession. Chaque université accréditée examine ensuite les candidatures selon ses modalités d’admission.
Selon l’université, tu devras peut-être fournir d’autres pièces ou répondre à des critères propres à sa sélection. Regarde toujours la page d’admission sur le site de l’université visée pour l’année où tu candidates.
Et la VAP ou la VAE ?
Le diplôme peut également relever des dispositifs de validation des acquis prévus par le Code de l’éducation. Une VAP ne donne pas pour autant un accès automatique à la deuxième année.
L’université examine ton parcours et vérifie si tu peux intégrer la première ou la deuxième année. Si tu disposes déjà d’autres diplômes ou d’une expérience importante, demande donc directement à l’université ce qu’elle peut reconnaître dans ton cas.

Formation IPA : deux ans, 120 ECTS et beaucoup plus que des cours
La formation IPA est organisée en quatre semestres, valide 120 crédits ECTS et conduit à un diplôme d’État conférant le grade de master. Les deux premiers semestres correspondent à un tronc commun d’enseignement. À l’issue du deuxième semestre, les étudiants confirment la mention choisie, qui fait ensuite l’objet d’enseignements spécifiques aux troisième et quatrième semestres.
Elle associe des enseignements théoriques, méthodologiques, appliqués, pratiques et cliniques, une initiation à la recherche et des stages. Les étudiants effectuent notamment un stage en première année puis un stage plus long en deuxième année dans le domaine d’intervention étudié.
Cette réalité compte lorsque tu travailles déjà. Au-delà de deux années de cours compatibles avec ton planning, il faut intégrer les stages, le mémoire, le travail personnel, les déplacements éventuels et l’impact sur ton activité.
Peut-on continuer à travailler pendant la formation ?
C’est possible dans certaines organisations, mais il n’existe pas un emploi du temps national identique dans toutes les universités.
Par exemple, l’Université Côte d’Azur publie pour 2026-2027 un calendrier avec des semaines de cours regroupées, mais aussi huit semaines de stage en première année et seize semaines en deuxième année.
Avant de candidater, demande donc le calendrier complet de l’université : enseignements, présence obligatoire, stages, travail personnel et évaluations. C’est ce calendrier, plus que la mention « formation sur deux ans », qui te permettra de savoir si le projet tient dans ta vie actuelle.
Combien coûte une formation IPA ?
Il n’existe pas de tarif national unique pour la formation IPA. Les frais varient selon l’université, ton statut et la manière dont la formation est financée.
Les tarifs officiels publiés pour 2026-2027 montrent bien ces écarts :
| Université | Exemples de tarifs annuels publiés |
|---|---|
| Université Côte d’Azur | 4 400 € en formation continue sans financement ; 6 700 € avec financement. |
| Université de Bordeaux | 6 000 € au tarif de base de formation continue ; 4 000 € après exonération partielle dans le cas prévu par l’université ; 4 000 € pour les demandeurs d’emploi. |
Ces montants sont des exemples datés, pas une moyenne nationale. À Bordeaux, l’exonération partielle indiquée pour le DE IPA concerne spécifiquement les professionnels libéraux qui ne bénéficient d’aucun financement de leurs frais de formation continue.
Demande toujours un devis correspondant à ton statut et à l’année universitaire concernée avant de construire ton financement.
Une aide existe pour certaines IDEL
Une aide conventionnelle peut être versée à certains infirmiers libéraux qui s’engagent dans une formation universitaire d’IPA.
L’avenant 11 à la convention nationale des infirmiers libéraux prévoit une aide de 15 000 € pour les infirmiers exerçant en métropole et de 17 000 € pour ceux exerçant dans les DROM lorsque leur cursus universitaire IPA est suivi en métropole.
L’aide est soumise à des conditions, notamment être conventionné et installé en libéral, dépasser le seuil d’activité prévu, suivre l’intégralité des deux années de formation et exercer ensuite au moins deux ans comme IPA libérale.
Vérifie ton éligibilité auprès de ta caisse avant d’intégrer cette aide dans ton plan de financement.
Le vrai coût des deux années n’est pas seulement le prix de l’université
Il faut aussi regarder ce que la reprise d’études change dans ton quotidien : réduction éventuelle du temps de travail, perte de revenus, périodes de stage, déplacements, organisation familiale et charge de travail supplémentaire.
C’est souvent à ce moment-là qu’un projet séduisant en théorie se révèle solide, ou beaucoup plus difficile à réaliser.
Accès direct et prescriptions : le métier a changé depuis sa création
Les premières descriptions de l’IPA publiées en 2018 ou 2020 ne suffisent plus pour comprendre son exercice actuel.
Depuis la loi du 19 mai 2023 et ses textes d’application publiés en 2025, l’IPA peut participer à la prise en charge globale de patients dont le suivi lui est confié par un médecin, mais aussi de patients s’adressant directement à elle lorsqu’elle exerce dans les établissements et structures prévus par la loi.
L’accès direct est notamment prévu dans les établissements de santé, certains établissements et services médico-sociaux et les structures d’exercice coordonné prévues par le Code de la santé publique. Un compte rendu des soins dispensés est alors adressé au médecin traitant et reporté dans le dossier médical partagé.
Le champ de prescription a également évolué. Dans les limites de sa mention et des listes réglementaires, l’IPA peut notamment prescrire certains médicaments, dispositifs médicaux, examens de biologie, produits de santé ou prestations, et renouveler ou adapter certaines prescriptions médicales.
Elle ne remplace pas pour autant le médecin : la pratique avancée reste intégrée au parcours de soins et repose sur une collaboration avec les autres professionnels. Lorsqu’une situation dépasse son champ de compétences, l’IPA oriente le patient vers le professionnel ou la structure adaptée.
Le diplôme IPA ne règle pas à lui seul la question du travail
C’est probablement le point le plus important à vérifier avant de reprendre deux années d’études : obtenir le diplôme ne garantit pas automatiquement que le poste, les missions et les conditions d’exercice correspondront à ce que tu recherches.
Charlotte K accompagne aussi des infirmières qui sont déjà allées au bout de cette évolution. Une IPA déjà en exercice, qui souhaite rester anonyme, est venue faire le point alors qu’elle cherchait surtout davantage de stabilité dans un contexte professionnel qu’elle trouvait épuisant et incertain.
Son parcours apporte une nuance importante : la pratique avancée peut être une évolution professionnelle forte sans résoudre toutes les questions de cadre de travail, d’organisation ou d’équilibre.
C’est pour cela qu’avant de t’inscrire, il vaut mieux enquêter aussi sur l’après. Ton établissement a-t-il prévu un poste IPA ? Sur quelle mention ? Avec quelles missions ? Quel temps sera consacré à la pratique avancée ? Comment la fonction s’intègre-t-elle avec les médecins et l’équipe ? Si tu veux exercer ailleurs, quelles possibilités existent concrètement dans les structures qui t’intéressent ?
Une formation peut être excellente et ne pas répondre à ton besoin si les conditions dans lesquelles tu l’utiliseras ensuite ne te conviennent pas.
Et si ton projet IPA est refusé ou devient impossible ?
Un autre parcours rencontré chez Charlotte K montre l’intérêt de ne pas faire dépendre toute son évolution professionnelle d’une seule formation.
Une IDE accompagnée par Charlotte K, elle aussi anonyme, envisageait de devenir IPA dans un contexte de réorganisation professionnelle. Son projet de formation n’a finalement pas été accepté. Elle est alors venue réfléchir à ses compétences et aux autres manières dont elle pourrait évoluer et retrouver un travail dans lequel elle se sente mieux.
Il ne s’agit pas de renoncer à la pratique avancée au premier obstacle, mais d’identifier ce que tu recherches derrière ce diplôme.
Est-ce davantage d’expertise clinique ? Plus d’autonomie ? Un suivi plus approfondi des patients ? Une nouvelle place dans l’équipe ? Une reconnaissance différente ? Un autre rythme ?
Plus ce besoin est clair, moins un refus de financement, une admission manquée ou l’absence d’un poste précis donne l’impression que tout ton projet professionnel vient de disparaître.
Le témoignage complet d’une étudiante infirmière en pratique avancée
Quand Charlotte K l’a interrogée en 2020, cette infirmière était EIPA, c’est-à-dire étudiante infirmière en pratique avancée. Elle travaillait en cardiologie et préparait son évolution vers la pratique avancée.
Son entretien est repris ici dans son intégralité. Il raconte ce que cette reprise d’études représentait pour elle : la naissance du projet, le soutien de son équipe, la formation, son organisation avec l’hôpital, le financement, ses difficultés et la façon dont elle imaginait sa future place d’IPA.
Certaines informations ont évolué depuis. Ses propos sont conservés sur le fond, pour préserver son expérience et le contexte de l’époque ; seules l’orthographe et la ponctuation ont été corrigées. Le bloc qui suit l’entretien fait le point sur ce qui reste utile aujourd’hui et sur ce qui doit être actualisé.
Son parcours
Peux-tu nous parler de ton parcours ?
« Je suis infirmière en cardiologie depuis quatre ans à l’hôpital Saint-Joseph de Paris. Je suis polyvalente dans les différents services : explorations cardiaques, USIC, médecine cardiaque et hôpital de semaine. »
Pourquoi devenir IPA ?
Qu’est-ce qui t’a poussée à poursuivre vers des études d’IPA ?
« J’ai participé dès ma première année à la mise en place de l’éducation thérapeutique pour les patients insuffisants cardiaques et j’ai animé les ateliers quasi tous les vendredis.
Ces ateliers m’ont beaucoup appris, tant d’un point de vue relationnel que d’un point de vue des connaissances. Les médecins avec qui je travaille sont extrêmement pédagogues et nous poussent à apprendre (par exemple, en moins d’un an, je savais lire les ECG).
J’ai alors eu envie de me spécialiser en faisant le DU d’insuffisance cardiaque. Mais entre-temps, je suis allée à un congrès d’insuffisance cardiaque et c’est là que j’ai entendu parler pour la première fois des IPA, avec des présentations du Canada.
J’ai donc monté un projet autour du parcours de soins du patient insuffisant cardiaque avec l’aide d’un cardio, et mon chef de service, qui l’approuvait à 100 %, a validé ma demande de master.
En quelques mots : l’envie d’apprendre plus encore, l’encouragement de mes collègues médecins et paramédicaux, l’envie d’améliorer les pratiques et le parcours de soins du patient insuffisant cardiaque. »
Le salaire d’une IPA
La question du salaire de l’IPA reste floue et diffère selon les sources, allant de 2 100 à 2 700 euros... As-tu une idée plus précise ? Doivent-elles négocier leur salaire en fonction du lieu ?
« J’avoue ne pas trop savoir pour ces questions de salaire, on entend beaucoup de choses… Malheureusement, je pense que nos deux ans ne seront pas extrêmement bien valorisés. J’ai bien peur de m’être faite à l’idée que, dans le milieu de la santé, la valorisation ne passe pas par le salaire.
Je compte cependant bien négocier avec mon employeur, affaire à suivre. »
Quelle est la place de l’IPA ?
La profession d’IPA étant très jeune, c’est assez difficile de se projeter... Comment l’IPA est-elle perçue pour le moment ?
« Difficile à dire, mais pour l’instant, je n’ai eu que des commentaires très positifs de la part du corps médical. Il voit en nous un grand soutien pour la prise en charge sur le long terme de patients complexes, un maillon supplémentaire pour le suivi régulier des patients. Une aide également pour faire le lien entre le patient, l’hôpital et la ville, et entre les praticiens eux-mêmes.
Vis-à-vis des paramédicaux, je dirais une grande curiosité, mais aussi une certaine méfiance. Méfiance compréhensible, puisque nous quittons les soins pour des consultations de suivi avec le relationnel au premier plan, corps même du métier d’infirmier. Mais aussi parce que nous obtenons le droit de prescription. Néanmoins, il me semble que nous sommes unanimes sur le fait que nous sommes avant tout infirmiers. »
Évolution du métier d’IPA
La position de l’IPA va certainement évoluer dans les années à venir ?
« Oui, très naturellement. Aujourd’hui, nous sommes dans l’expérimentation d’un tout nouveau métier, il faudra affiner les pratiques en fonction des besoins. Pour l’instant, tout est à créer. »
La formation
Comment se déroule la formation d’IPA ?
« Il s’agit de deux ans de master. La première année, toutes les spécialités sont mélangées ; la deuxième, nous pouvons choisir entre : psychiatrie, onco-hématologie, maladie rénale-dialyse et pathologies chroniques stabilisées (cardio, neuro, pneumo, endocrino, diabéto, vasculaire).
La première année, nous avons deux mois de stage, la deuxième, cinq mois.
Nous abordons les sciences infirmières, l’éthique, le droit et la législation, la clinique (revue de toutes les spécialités), la recherche... »
Le coût de la formation
Quel est le coût d’une telle formation ? As-tu réussi à te faire financer ?
« J’ai été financée par mon hôpital et par l’ARS, et je garde donc mon salaire presque complet. Je retourne travailler seulement pendant les vacances scolaires (négociations avec mon employeur) et je suis engagée auprès d’eux pour quatre ans.
Certains IDEL de ma promo sont financés par l’ARS et ont une prime pour mettre en place leur activité.
D’autres ont des aides au financement.
La majorité continue à travailler à côté. »
Les difficultés rencontrées
Quelles sont les principales difficultés que tu rencontres actuellement ?
« J’ai la chance d’avoir pu négocier avec mon hôpital pour ne revenir que pendant les vacances scolaires. Le programme est assez lourd, les travaux de groupe et individuels sont assez nombreux, certains peinent à concilier études, travail et vie de famille.
L’année a été mouvementée entre grève et covid. Je pense qu’il s’agit de la plus grande difficulté.
Ce n’est pas évident de reprendre des études, mais toute la promo est dans le même cas et, finalement, c’est très enrichissant : nous connaissons tous beaucoup de choses, donc c’est aussi très valorisant. Nous échangeons beaucoup entre nous et un vrai lien de promo se crée.
Je n’ai pas rencontré beaucoup de difficultés, si ce n’est l’alternance des rythmes étudiant-infirmier. »
Conseils
Quel conseil donnerais-tu à une IDE qui souhaite se lancer dans les études d’IPA ?
« Il ne faut pas avoir peur des deux ans d’études.
C’est plus simple de partir en ayant un projet en tête, réfléchi avec les médecins et infirmiers du service : le retour dans le service après deux ans sera plus facile et ils sont d’un grand soutien.
Je pense que c’est plus facile d’être financée par un hôpital que de partir en candidat libre.
Ce métier me semble une belle façon de valoriser notre profession et une belle alternative quand on a envie de changer et d’approfondir un domaine. »
Ce qu’il faut retenir de ce témoignage aujourd’hui
Cet entretien date de 2020. Plusieurs enseignements restent utiles si tu envisages de devenir IPA aujourd’hui. D’autres passages décrivent le cadre dans lequel cette étudiante se formait à l’époque et doivent être lus avec les règles actuelles en tête.
1. Un projet construit avant l’entrée en formation
C’est la grande force de son parcours. Son envie d’évoluer vers la pratique avancée est née de son travail en cardiologie, de son implication dans l’éducation thérapeutique et d’une réflexion autour du parcours des patients atteints d’insuffisance cardiaque.
Son projet avait aussi été travaillé avec un cardiologue et validé par son chef de service. Elle ne partait donc pas uniquement avec l’envie de reprendre des études : elle savait quels patients elle souhaitait suivre et quelle place elle pourrait occuper ensuite.
Son conseil va dans le même sens : réfléchir au projet avant la formation, avec les médecins et les infirmiers du service, facilite le retour après deux ans. C’est ce qui permet de passer d’une envie de diplôme à un véritable projet d’exercice. Si tu envisages de devenir IPA dans ton établissement, travaille en amont les futures missions, les besoins auxquels le poste pourrait répondre et la façon dont il s’intégrerait dans l’équipe.
2. Deux années de formation doivent tenir dans ta vie
Son témoignage montre que la difficulté ne se limite pas aux cours. Elle parle de l’alternance entre les rythmes d’étudiante et d’infirmière, des nombreux travaux à rendre et de la difficulté de certains camarades à concilier études, travail et vie familiale.
Cette question reste actuelle. Le cadre national prévoit un stage d’au moins deux mois au deuxième semestre et un autre d’au moins quatre mois au quatrième semestre, sur des terrains en lien avec le projet professionnel de l’étudiant. Comme indiqué plus haut, demande le calendrier complet de l’université avant de candidater.
3. Son financement raconte sa situation, pas une règle générale
Elle a été financée par son hôpital et par l’ARS, a conservé presque tout son salaire et s’est engagée à rester quatre ans dans l’établissement. Son témoignage montre surtout le poids qu’a eu la négociation avec son employeur.
Ce montage ne doit pas être repris comme une règle applicable aujourd’hui : les dispositifs et leurs conditions ont évolué. Pour préparer ton budget, appuie-toi sur les informations actualisées présentées plus haut et vérifie les possibilités correspondant à ton statut au moment de ton projet.
4. Le salaire évoqué date des débuts du métier
La fourchette de 2 100 à 2 700 euros citée dans la question correspond aux informations qui circulaient en 2020, au début du développement de la profession. Elle ne doit pas être utilisée comme une référence actuelle.
La rémunération dépend aujourd’hui du mode d’exercice. Dans la fonction publique hospitalière, les IPA relèvent notamment d’un échelonnement indiciaire spécifique. Dans le secteur privé, les conditions dépendent du cadre conventionnel et contractuel applicable. En libéral, la rémunération répond à un autre modèle, lié notamment à la tarification conventionnelle et à l’activité. Si le salaire ou le revenu est déterminant dans ton projet, vérifie donc les règles correspondant au mode d’exercice que tu envisages.
5. Un métier naissant à l’époque, un cadre qui a évolué depuis
Elle décrit une profession encore jeune, accueillie avec enthousiasme par les médecins qu’elle côtoyait et avec curiosité, parfois méfiance, par certains paramédicaux. Son regard permet de retrouver la manière dont une future IPA percevait l’émergence de cette fonction sur le terrain.
Depuis, le cadre a beaucoup changé. La formation qu’elle décrit comptait quatre mentions : il en existe aujourd’hui cinq, avec les urgences. L’exercice a lui aussi changé : depuis 2023, certains patients peuvent s’adresser directement à une infirmière en pratique avancée dans les structures prévues par la loi, et les conditions d’application ont été précisées en 2025. Pour connaître les règles actuelles, reporte-toi aux sections consacrées aux domaines d’intervention et à l’accès direct, plus haut dans l’article.
Avant de devenir IPA : 5 questions pour tester ton projet
Au-delà des conditions administratives, confronte ton projet à ces cinq questions avant de t’engager.
| Question | Ce qu’elle permet de vérifier |
|---|---|
| 1. Que veux-tu faire davantage qu’aujourd’hui ? | Expertise clinique, suivi, prévention, coordination, autonomie, recherche… « Je veux évoluer » reste trop vague pour décider de deux années d’études. |
| 2. Où pourrais-tu concrètement exercer comme IPA ? | Une mention n’a pas la même utilité selon les postes, les structures et les projets présents autour de toi. |
| 3. Qui porte le projet avec toi ? | Si tu travailles en équipe, la place prévue pour l’IPA, l’implication de la direction, des médecins et des autres professionnels conditionnent une partie du futur exercice. |
| 4. Que vont vraiment te coûter les deux années ? | Le prix de la formation compte, mais aussi les stages, le temps de travail, les revenus éventuellement perdus, les déplacements et ton organisation personnelle. |
| 5. Si le poste IPA que tu imagines n’existait finalement pas, voudrais-tu toujours suivre cette formation ? | Cette question permet de distinguer ton intérêt réel pour la pratique avancée d’une envie plus générale de sortir de ta situation professionnelle actuelle. |
Ne fais pas l’impasse sur la dernière question. Si tu as toujours envie de devenir infirmière en pratique avancée après y avoir réfléchi, tu peux approfondir cette piste avec un projet beaucoup plus solide. Si ces questions font naître des hésitations, prends le temps de comparer la pratique avancée à d’autres possibilités d’évolution professionnelle. Certaines pourraient mieux répondre à ce que tu recherches aujourd’hui.

IPA ou autre Master : ne pars pas du diplôme, pars de ton projet
Le DE IPA confère le grade de master, mais tous les Masters accessibles après un diplôme infirmier ne conduisent évidemment pas à la pratique avancée.
Si ton objectif est de développer une pratique clinique avancée auprès des patients et d’exercer les compétences liées à ce mode d’exercice, le DE IPA correspond à ce projet professionnel bien précis.
Si tu t’intéresses davantage au management, à la santé publique, à l’éducation, à la recherche ou à d’autres évolutions, compare aussi les Masters accessibles après un diplôme infirmier.
Et si tes recherches te font comprendre que tu souhaites finalement sortir plus largement du métier infirmier, tu peux explorer les reconversions possibles après infirmière.
Le bon projet n’est pas celui qui ajoute le plus beau diplôme à ton CV. C’est celui dont le contenu, les contraintes et l’exercice réel correspondent à ce que tu veux changer dans ton travail.
Sources et méthode
Cet article a été vérifié le 21 septembre 2026.
Le cadre réglementaire repose sur le Code de la santé publique, notamment les dispositions relatives à l’exercice infirmier en pratique avancée et à l’accès direct, ainsi que sur le Code de l’éducation pour les conditions d’accès à la formation, l’organisation en quatre semestres, les 120 ECTS et le grade de master.
L’organisation pédagogique et les stages ont été vérifiés dans l’arrêté du 18 juillet 2018 relatif au régime des études en vue du diplôme d’État d’infirmier en pratique avancée.
Les informations sur les compétences, les prescriptions et les cinq domaines d’intervention ont été vérifiées dans les textes réglementaires en vigueur. Les dispositions sur l’accès direct résultent de la loi du 19 mai 2023 et des textes d’application publiés en 2025.
Les tarifs sont des exemples officiels pour l’année universitaire 2026-2027 publiés par l’Université Côte d’Azur et l’Université de Bordeaux. Ils ne constituent ni un tarif national ni une moyenne. Les montants doivent être vérifiés auprès de l’université au moment de la candidature.
L’aide à la formation des infirmiers libéraux repose sur l’avenant 11 à la convention nationale des infirmiers libéraux approuvé en mai 2026. Son éligibilité dépend de la situation de l’infirmier et doit être vérifiée auprès de l’Assurance Maladie.
Les interviews de Sophie et Marie-Astrid sont des contenus Charlotte K publiés en 2022. Elles sont utilisées pour documenter leur parcours et leur vécu professionnel, pas pour établir les règles juridiques applicables aujourd’hui.
Les deux situations issues des accompagnements Charlotte K sont des parcours individuels paraphrasés. Les détails personnels ou rares qui n’étaient pas nécessaires à la compréhension ont été retirés. Ces cas illustrent des questions rencontrées dans la pratique ; ils ne constituent pas des statistiques sur l’ensemble des IDE ou des IPA.
L’entretien avec l’étudiante infirmière en pratique avancée a été publié initialement sur Charlotte K en 2020. Il est repris ici dans son intégralité afin de conserver sa parole, son contexte et le travail d’interview réalisé à l’époque ; seules l’orthographe et la ponctuation ont été corrigées. Les informations susceptibles d’avoir évolué depuis sont distinguées du témoignage et actualisées dans le bloc qui le suit, à partir des sources réglementaires et institutionnelles en vigueur.


Bonsoir,
Je vous remercie pour votre retour et je vous prie de bien vouloir m’excuser pour le manque de clarté de mes précédents messages.
Je vous écris car je souhaite candidater à votre établissement pour une admission en Master en Sciences Infirmières.
Je rencontre quelques difficultés à comprendre le processus d’admission et les critères d’admissibilité. C’est la raison pour laquelle je me permettais de vous solliciter.
Pourriez-vous, s’il vous plaît, m’indiquer :
. Les conditions d’admission requises
. La liste des pièces à fournir
En vous remerciant par avance pour votre aide et votre compréhension, je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur, l’expression de mes salutations distinguées.
Bonjour Joseph,
Merci pour ce message.
Nous ne sommes pas une université. Cet article vise juste à donner les informations sur le métier d’IPA.
Vous pourriez vous rapprocher directement de l’établissement qui vous intéresse pour avoir les informations.
Belle journée
Pascaline
Bonjour, je suis infirmier diplomé d´état polyavlent du Maroc, avec plus de 25 ans en reanimation medicale au Maroc et au Qatar. Maintenant je travaille á la Croix Rouge Espagnole.
je veux plus d´informations sur l´accés au Master.
Merci
Bonjour Ali,
Merci pour ta question.
Pour intégrer un master en France, cela dépend de ta nationalité et de l’endroit où tu as eu ton diplôme d’infirmier.
Pourras-tu obtenir une reconnaissance de diplôme ? Y a-t-il des accords avec le pays où tu as été diplômé ?
Je te conseillerais de voir avec l’Ordre infirmier en France et l’Université qui t’intéresse pour voir les conditions d’admission.
Sinon tu peux poser ta question sur le groupe Facebook Charlotte K, tu auras des réponses d’IDE qui sont passées par là.
Belle journée et bienvenue dans la communauté Charlotte K
Pascaline
Je suis idel.
J ai envie de me reconvertir mais je sais pas quelle partie.
Par contre plus d hôpital.
Plus pr les maraudes ou avec enfants
Bonjour, je suis très intéressée par la formation IPA mais est-ce que tu connaît les débouchés, y a t-il des postes vacants ? Est-ce que je trouverez un emploi en sortant ?
Merci pour ce blog, il nous est souvent nécessaire de venir s’inspirer de l’expérience des collègues pour faire le point parfois!
Bonjour Catherine, merci. Je suis ravie que ce blog te plaise !
Merci pour les conseils.
Infirmière depuis 1994,je suis en cours de finalisation de la formation cadre de santé.
A ce jour je dois valider le module en lien avec le diplôme de cadre de santé.
Je ne sais plus si je suis faite ou non pour cette nouvelle fonction.
Merci pour tous les conseils.
Je suis Infirmière en 1985
IBODE en 1996.
Un infirmier de bloc opératoire peut faire aussi une opération chirurgicale