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L’exercice mixte, infirmière hospitalière et libérale

Le 1 Décembre 2022

Auteur : Pascaline   Éditeur : Charlotte K

L’exercice mixte, infirmière hospitalière et libérale : l’expérience d’Isabelle

 

 

Sais-tu que l’exercice mixte est une possibilité pour les infirmières ? Sais-tu que tu peux travailler à la fois en structure hospitalière et en libéral ?

 

Cette possibilité est inscrite dans le code de déontologie de l’Ordre des infirmiers :

« Le mode d’exercice de l’infirmière ou de l’infirmier peut être salarié ou libéral ou mixte. » (R4312-59)

“L’infirmier ne peut exercer une autre activité professionnelle que si un tel cumul est compatible avec la dignité et la qualité qu’exige son exercice professionnel et n’est pas exclu par la réglementation en vigueur” (Code de la santé publique)

 

Concrètement comment cela est-il possible ? Si tu travailles dans la fonction publique, cela est envisageable si tu exerces à mi-temps et avec l’accord de l’entreprise.

Et si tu es dans un établissement privé, cela dépend de ta convention collective, et de la volonté de la direction. Normalement, il n’y a pas de raison que la demande soit refuser si elle ne vient pas perturber l’organisation du service.

 

Ce choix d’un exercice mixte demande de la souplesse et une bonne organisation. Mais il présente aussi de nombreux avantages : plus d’expérience professionnelle, des missions et une qualité relationnelle différentes.

 

Isabelle exerce en statut mixe depuis plusieurs années. Elle te partage son retour d’expérience.

 

 

Raconte-nous ton parcours

 

“Je suis diplômée depuis juin 2001.

J’ai fait quelques nuits dans un service de chirurgie où je me suis pas du tout sentie en sécurité en tant que jeune diplômée.

J’ai ensuite commencé à travailler en chirurgie dans un petit hôpital qui comptait 4 services où je me suis sentie très entourée, avec des collègues plus âgées que moi, très à l’écoute bienveillantes.

 

Suite à la fermeture du service, j’ai fait 3 mois à la maison de retraite qui était liée à l’hôpital.

 

Ça ne me plaisait pas trop le fait de voir toujours les mêmes patients je trouvais cela routinier.

 

Puis j’ai connu le service de médecine générale pendant quelques années. La cardiologie qui a aussi fermé, puis de nouveau la médecine jusqu’en 2015. Là, j’ai eu un passage difficile avec un médecin remplaçant dangereux et j’avais peur de perdre mon diplôme.

 

La direction était au courant mais rien ne bougeait.

 

Quand es-tu passé à un exercice mixte ?

 

A cette époque, quelques-unes de mes collègues étaient parties en libéral. Je me suis dit « pourquoi pas moi ». Même si j’avais fait un essai quelques années plus tôt, une journée qui ne m’avait pas vraiment convaincue, je me suis dit que ça valait peut-être le coup de réessayer.

 

Cela fait maintenant 8 ans et je ne regrette rien.

 

J’ai diminué mon temps de travail à l’hôpital à mi-temps et je continuais jusque-là à mi-temps salariée.

 

Sauf que depuis septembre je suis en arrêt à cause de l’hôpital, en burn out à cause de tout ce manque de considération, de bienveillance, d’écoute de la part de la hiérarchie mais aussi beaucoup d’hypocrisie des collègues et du manque de conscience professionnelle de certaines.

 

Début décembre, mon inaptitude va être lancée et à partir de janvier je ne travaillerai plus qu’en libéral mais toujours à mi-temps pour le moment. Je vais prendre soin de moi.”

 

Pourquoi as-tu choisi ce double mode d’exercice ?

 

“C’est le ras le bol au départ puis le fait de faire les deux évitaient la routine et permettaient de rester à la page des soins techniques.

Mais en étant salariée, j’avais aussi la sécurité et quelques avantages CE.

Aujourd’hui, je vois cela différemment.”

 

Quelles sont les difficultés de ce double choix ? Et comment les dépasser ?

 

“Il n’y a eu aucune difficulté car j’avais la chance d’avoir un planning sur 8 semaines qui changeait très peu.

Et les collègues de libéral pour qui je travaillais n’avaient pas d’impératif. Donc je gérais mon planning de libéral en fonction de celui de l’hôpital.”

 

Concrètement comment as-tu fait d’un point de vue administratif ? quelles ont été tes démarches ?

 

“D’un point de vue administratif, c’est un petit peu vieux je ne me souviens plus trop. De mémoire il fallait fournir 2 ans de preuves de salariée, s’inscrire à l’Ordre infirmier en tant qu’infirmière mixte.

 

Il fallait aussi adhérer à une association de gestion agréée, s’inscrire à l’URSSAF /CFE et à la CARPIMKO. Et si on le souhaitait souscrire une prévoyance qui est fortement recommandée.

 

C’est important de ne pas oublier de voir avec son assurance voiture qu’elle soit assurée pour les tournées et non pour le trajet domicile travail ce qui est totalement différent.

 

On peut également prendre un comptable si besoin. Moi je gérais moi-même.”

 

Quelles sont tes missions dans tes deux modes d’exercice ?

 

“Dans les deux cas, mes missions sont identiques : soins d’hygiène, soins techniques exemple : bilan sanguin, perfusion, pansement …

 

Il faut ajouter en libéral une grosse partie administrative, la facturation des actes que je ne faisais pas jusque-là puisque j’étais remplaçante et apprendre à gérer son temps, à travailler seule.

 

Mais après cela aussi dépend des cabinets. Moi je sais que je peux compter sur mes collègues n’importe quand si besoin donc pas de pression.

 

En libéral parfois on est aussi la femme à tout faire : réparer la télécommande, faire chauffer le café (rare malgré tout) et quand il n’y a pas de famille, récupérer les médicaments à la pharmacie, prendre rendez-vous chez le médecin, prévoir les ambulances s’il y a des examens.

 

Mais la différence, c’est qu’il y a beaucoup de reconnaissance des patients : les légumes du jardin, un p’tit café …

D’ailleurs à Noël, si on mange tous les chocolats, on est sûre d’être malade ! C’est aussi ça qui me plaît beaucoup en libéral.”

Quels conseils donnerais-tu à une IDE qui souhaiterait avoir un exercice mixte comme le tien ?

 

“Je lui dirais pour que ce soit faisable, il faut un planning fixe à l’hôpital et un peu à l’avance car je pense que sinon c’est compliqué pour les collègues du libéral.

 

Il faut aussi accepter lorsque tu reviens à l’hôpital que l’on te dise : « Ah ça fait longtemps que je ne t’ai pas vu » comme si tu étais tout le temps en vacances et parfois c’est pesant.

 

Il ne faut pas que les collègues de libéral soient trop exigeantes sur les jours.

 

C’est parfois contraignant si tu as des collègues qui ont des enfants et que toi aussi tu veux les vacances scolaires. Car satisfaire les deux côtés, c’est compliqué.

Moi j’ai eu de la chance, je n’ai pas eu de soucis.

 

Ce que j’apprécie dans le libéral, c’est l’indépendance alors que pourtant au départ, c’est quelque chose que je craignais de travailler seule.

 

Dans le libéral ce qui est important, c’est une entente avec les collègues et à mon goût une petite équipe c’est beaucoup plus sympa et beaucoup plus facile de s’entendre.

 

Il faut aussi avoir les mêmes façons de travailler car sinon cela peut créer des conflits. Même si je suis remplaçante depuis 8 ans j’ai toujours été considérée comme une collègue et non comme la remplaçante et c’est très important.

 

Je le dis pour l’avoir vu chez une amie qui elle était aussi remplaçante et faisait tout ce que les autres ne voulaient pas. c’est-à-dire jamais le dimanche car c’est un jour bien payé mais par contre elle travaillait Noël, nouvel An et tous les mercredis et les vacances scolaires.”

Les avantages et les inconvénients de l’exercice mixte

 

Comme tu l’as lu dans le témoignages d’Isabelle, ce mode d’exercice, à la fois en tant qu’infirmière en structure de soin et en libéral, présente des avantages et des inconvénients.

 

Les avantages de l’exercice mixte

Dans les avantages, on retrouve :

+ la pluralité des expériences de soin. Ce mode d’exercice peut être un choix à part entière pour diversifier son expérience.

+ un gain d’indépendance par rapport à l’exercice infirmier dans des structures hospitalières

+ un contact très différent avec les patients

+ la possibilité d’avoir une première expérience, de “tester” le libéral si c’est un projet, pour se faire une idée plus concrète. Une IDE peut être remplaçante en cabinet tout en restant salariée.

+ Cela fait une part de salaire fixe.

 

Les inconvénients

+ le cumul des charges : Il faut bien se renseigner auparavant, notamment sur le cumul des charges. Les cotisations sociales seront à payer deux fois.

+ l’obligation d’avoir des plannings fixes à l’hôpital pour avoir de la visibilité

+ l’organisation des congés qui peut être un casse-tête

 

 

Si toi aussi tu exerces à la fois en libéral et à la fois dans un service hospitalier, n’hésite pas à nous partager ton expérience en commentaire.

Dis-nous comment tu gères cette double casquette au quotidien et ce qui a motivé ton choix.

 

Ce format te plait et t’inspire ? Tu peux retrouver le témoignage de Laureline, d’infirmière à spécialiste en technologies immersives au service de la santé

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