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Vous êtes beaucoup, beaucoup, d’infirmières libérales à me contacter pour vous tourner vers une reconversion… le statut d’infirmière libérale remplaçante serait-il la solution ?

Venez découvrir ici le parcours d’une infirmière qui a fait le choix de devenir infirmière libérale remplaçante. Marge est IDEL remplaçante et également l’auteur du blog infirmier SANTEprendreletête.com, le site perso de la profession d’infirmière. Elle y dévoile le quotidien des IDE.

Marge a 38 ans et est IDE depuis 2006.

 

Infirmière libérale remplaçante : Le parcours de Marge IDEL remplaçante

 

Marge. C’est un peu mon nom d’infirmière puisque je l’ai acquis dans mon tout premier poste en service de chirurgie viscérale en Clinique. C’est un des urologues qui me l’a gentiment attribué.

J’y suis restée presque 10 années. Tu es un peu une vieille infirmière dans ce genre de service quand tu y restes plus de 3 ans. Il y a beaucoup de turn-over car ce sont de grands services où on s’épuise vite car la cadence est infernale pour un salaire de misère. J’y ai malgré tout passé mes plus belles années avec l’équipe soignante, et suis devenue référente en stomathérapie.

Après une fusion définitive entre les deux services de chirurgie (viscérale et orthopédie) au moment de l’avènement de l’ambulatoire, j’ai vraiment voulu partir quand une opportunité en libéral s’est offerte à moi. Pas n’importe quelle opportunité car il s’agissait d’une super amie avec qui j’ai vécu toute ma fin d’adolescence et mes débuts d’adulte.

Je ne suis pas partie sur un coup de tête. J’avais certaines exigences comme le choix des jours et le fait de pouvoir continuer à mi-temps pour tester et ne pas tout lâcher d’un coup. J’ai commencé en 2015 et j’ai quitté complètement mon CDI en 2016.

 

J’ai été en échec scolaire très tôt comme beaucoup d’enfant qui prennent de plein fouet le divorce compliqué de leurs parents. Et vivre avec le parent dépressif n’a rien arrangé. Dès le collège, j’ai accumulé beaucoup de lacunes. Je voulais être vétérinaire comme toutes les petites filles et j’ai su très vite que je ne pourrai jamais m’attaquer à des études pareilles. Échec au collège, échec au lycée, perdition et orientation en CAP/BEP carrières sanitaires et sociales, BAC SMS où j’ai rattrapé beaucoup de choses et notamment la confiance en moi. On m’a dit que j’excellais et que j’avais tout pour rejoindre les études d’infirmière, ce que j’ai mis longtemps à croire possible… La suite vous devinez ?!

 

Quels sont les avantages d’être infirmière libérale remplaçante ?

 

Comme je le raconte dans mon blog, devenir IDEL n’était pas du tout une évidence pour moi. C’est arrivé comme quelque chose d’inespéré, insaisissable.

Ce sont des avantages qui me sont propres, car il y a vraiment différents vécus du libéral. Il existe différentes façons de voir les choses, de gérer une tournée. Ici je parlerai de l’exercice libéral en ville.

 

Devenir IDEL n’était pas du tout une évidence pour moi. Je me sens IDE et pas IDEL, pour moi c’est la même chose.

 

J’ai le statut de remplaçante et je souhaite le garder car pour moi il s’agit d’une étape dans ma vie professionnelle et non une finalité. Je veux me dire que je peux changer facilement et voir d’autres horizons.

La principale motivation pour moi a été de changer avant de finir en burn out, sachant très bien que le libéral est loin d’être l’exercice idéal. Il se créer un lien vraiment privilégié avec les patients chroniques qu’on accompagne sur plusieurs années, souvent jusqu’à la fin de leur vie. On se sent vraiment utile. C’est très enrichissant. Mais ça speed aussi, il ne faut pas croire…

J’avais comme motivation secondaire, la possibilité de choisir mes jours. Ce qui est toujours le cas mais logiquement une remplaçante prend les jours demandés par la titulaire, ce qui ne m’intéresse pas du tout, mon conjoint travaille en 3×8. Je donne mes disponibilités à ma collègue (une douzaine de jours par mois), elle choisit et m’attribue entre 8 à 10j  par mois selon ses besoins. Je ne veux pas plus, financièrement ça me suffit. Pour moins de jours par mois et un seul week-end. Je gagne l’équivalent de mon temps plein en clinique. Mes charges sont stables. L’avantage pécuniaire n’est pas négligeable. Pour la prise en charge des patients, c’est pareil, certains IDEL vont la privilégier, d’autres privilégierons le volume de patients.

 

Infirmière libérale remplaçante : Quels sont les inconvénients ?

 

A l’opposé, quand on perd un patient, que l’on connaissait par cœur, qu’on appréciait, c’est dur…

Au niveau financier, c’est un peu le piège, plus on gagne, plus les charges augmentent et doivent être honorées… L’activité peut baisser sans crier gare et mettre en difficulté financière et pousser à prendre tous les soins au détriment des patients chroniques. On peut trouver des tournées infernales…

Travailler seule est très dur surtout au début quand on vient du secteur hospitalier et encore à ce jour, ça l’est pour moi. Par contre, nous sommes soudées entre nous et faisons un travail en équipe, le revers de la médaille c’est que souvent les repos sont interrompus par des appels à l’aide des collègues. Certains IDEL ne communiquent que par dossiers interposés, je me demande comment c’est possible.

Ce travail en solo, d’un autre côté, ça me dégourdit et me permet de toujours trouver une solution à un problème…c’est clair que ça endurcit.

Enfin, un gros inconvénient, c’est la couverture sociale en cas d’arrêt maladie : 90j de carence pour notre sécu, ramené de 7 à 30j selon la prévoyance privée que l’on choisi…la retraite à taux plein à 67 ans…de quoi refroidir.

 

Quel est le salaire d’une IDEL ?

 

Ce sont des honoraires, un chiffre d’affaire à l’année, d’ailleurs il faut y penser à l’année.. En 2017, j’ai fait un chiffre d’affaire de 34000 euros par an, ce qui est peu en libéral, mon net avant impôt était de 20000€ soit si on ramène à 12 mois, 1666€ pour 7 jours et un week-end à l’époque. Or en réalité, il y a eu des mois où j’ai gagné moins et d’autres plus ! Pour s’assurer de ne pas être en difficulté, sur la totalité reçue sur le mois, on en met 50% de côté. De cette manière, on est relativement tranquille.

 

Dans ton blog tu nous racontes comment tu as vécu la période du covid… c’est une période qui a affecté beaucoup d’entre nous. Quelles traces cette période a-t-elle laissé chez toi ?

 

Pour moi ce n’est pas terminé, nous sommes toujours sur le qui-vive, j’ai beaucoup pleuré au volant de ma voiture, pleuré de colère de ne pas avoir de quoi nous protéger correctement, les patients et nous-même. Nous avons déplacé des montagnes pour récolter du matériel d’entreprises généreuses, de la famille, des patients parfois…J’ai eu très peur de contaminer mes patients les plus fragiles. Nous nous sommes rassemblés par secteur pour créer d’éventuelles tournées dédiées au COVID. Nous n’avons pas eu l’occasion car nous sommes dans une ville assez épargnée au final (région en rouge). A ce jour, je rationne toujours le matériel. Pour moi les masques sont un scandale d’Etat. Dé-confiner sans pouvoir imposer le masque à tous, c’est prendre un énorme risque. Je sais que certains pensent que j’exagère mais c’est comme ça que je vis cette pandémie.

 

Comment les conditions entre tant qu’infirmière libérale pourraient être améliorées selon toi ?

 

La nomenclature des actes qui nous permet de facturer des actes est complètement obsolète. Beaucoup de soins ont longtemps été absents (sondage urinaire) et péniblement il y a de temps en temps des améliorations mais bien maigres… cette nomenclature est source d’erreur d’interprétation…. C’est vraiment en étant dedans que je me rends compte que certaines fraudes sont en fait des interprétations différentes entre l’IDE et certaines caisses. Et c’est comme ça, que des indus ressortent 3 ans plus tard avec des sommes astronomiques…et sont présentés comme des fraudes par les médias nous faisant vraiment beaucoup de tort.

Il y a de vraies fraudes mais elles sont plus rares qu’on ne le pense. Le statut libéral est mal représenté, beaucoup de syndicats mais des querelles de clocher entre eux. J’ai plutôt l’impression que les gouvernements veulent plus réduire notre exercice que de le développer. Comme si nous étions le mauvais élève alors que nous savons tous que nos prises en charge coûtent bien moins chères que les soins à l’hôpital, ce qui est logique…

 

Infirmière libérale remplaçante : Une solution ?!

 

Charlotte : De nombreuses IDEL me contactent via mon blog car elles sont épuisées et souhaitent se reconvertir. Certaines sont proches du burn out, ou ont malheureusement déjà vécu un burn-out… qu’est ce que tu pourrais leur dire pour les soutenir ?

 

Marge : Quand on commence à détester son boulot, il faut penser à changer le plus vite possible mais ce statut pèse au dessus de nos têtes. C’est encore plus dur pour nous de partir, car comme on le sait un arrêt maladie entraîne d’autres soucis mais il faut s’arrêter avant de faire des erreurs irréparables dans notre pratique. Je ne me vois pas faire ça toute ma vie, même si ce n’est pas forcément mieux ailleurs, ça vaut le coup d’essayer de toujours trouver quelque chose qui nous convient le mieux..

 

Quelle est la meilleure évolution/ reconversion possible après IDEL selon toi ?

 

C’est une question à laquelle je ne peux pas répondre, je pense juste qu’il y a toujours un exercice qui convient à un moment donné de notre vie…pour moi, le libéral m’a permis d’éviter des gardes de nuit à mes enfants, ou des absences trop prolongées loin d’eux. Mais ils grandissent, je pourrais peut être reprendre en service sans avoir l’impression de les abandonner…

 

As-tu déjà pensé à une reconversion ? Si oui laquelle ?

 

J’y pense tous les jours, mais impossible de m’éloigner du soin. Ma fille de 11 ans veut être vétérinaire (tiens tiens!!) et elle en a la capacité elle ! Je lui ai proposé d’être son aide-vétérinaire ! Elle est ok mais elle veut que je m’applique !

 

Ton blog est un super lieu de partage et d’échange, cela nous permet de nous sentir moins seuls en tant qu’IDE. As-tu des projets par rapport à ce blog ?

 

Merci !!! Je l’ai beaucoup délaissé ces derniers temps car je suis écœurée par les gouvernements successifs et de ce qu’ils ont fait de notre système de santé…Le covid a malheureusement mis en lumière tout ça. J’ai toujours été syndiquée même quand il n’y avait aucun syndicat dans ma clinique.  Notre profession ne l’est que très peu. Toujours eu beaucoup de mal à mobiliser mes collègues… Alors j’en ai eu marre de n’écrire que des doléances sur mon site…je n’arrivais plus à rire de mon métier, ni à partager du savoir-faire… L’envie ne manque pas mais je suis blessée, ça reviendra c’est sûr…

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